Mesh ou réseau en maillage : un Internet décentralisé et militant

Les réseaux en maillage, ou mesh, constituent un moyen unique de partager l’information et de s’envoyer des fichiers dans un périmètre qui dépend du nombre d’utilisateurs. Chaque smartphone, ordinateur ou objet connecté peut devenir un mini-serveur dans un réseau qui s’affranchirait de tout contrôle…

Lorsqu’on parlait de réseau en maillage, ou mesh, dans le milieu des années 2000, nous prenions souvent en exemple des dictatures comme la Chine ou la Biélorussie. Une quinzaine d’années plus tard, nous parlons toujours de ces réseaux secondaires avec la peur au ventre. Cette crainte de plus en plus présente : voir la France basculer dans la liste des pays où la liberté est bafouée.

Un réseau dans le réseau…

Imaginez un réseau d’ordinateurs qui fonctionnerait de manière autonome en recevant et émettant des données en haut débit via le Wi-Fi, ou en débit ou peu plus limité via Bluetooth, sans qu’il y ait besoin d’une multitude de serveurs pour faire circuler l’information. Avec une simple clé USB munie du logiciel, un ordinateur ou un mobile pourrait devenir une partie intégrante de ce réseau, anonyme et chiffré si besoin. Ce genre de réseau utilise un système de routage dynamique qui s’autoguérit : si un relais disparait ou est déplacé, la structure reste intacte et la connexion est assurée en bout de chaîne.

Allume la mesh !

Il existe de nombreux systèmes sur ce modèle comme NYC Mesh qui a vu le jour en 2020 au sein d’un groupe protestant contre les violences policières et qui continue de croître à Manhattan, Brooklyn et Harlem. On compte aussi le géant Mycelium Mesh qui a battu des records de portée (42 kilomètres) grâce à des relais radio LoRa alimentés par des batteries ou des mini panneaux solaires.

lora
Pour moins de 20 €, on peut acheter ce genre de relais pour faire « rebondir » une connexion Internet. Avec la technologie LoRaWAN, ces appareils sont très peu énergivores (alimentation solaire ou via une batterie de cigarette électronique pendant plusieurs semaines).
Largement suffisant pour des messages ou l’upload de photo… Plus fort, ces sales bêtes fonctionnent par -40 C°. On peut donc même les faire dormir dehors, accrochés discrètement à un réverbère.

Mais malgré ce qu’on peut lire çà et là, il ne s’agit pas de contourner les opérateurs mobiles ou les fournisseurs Internet puisque ces derniers sont indispensables si on veut relier le réseau en mesh à Internet. Certes ce n’est pas obligatoire pour s’envoyer des messages sur le réseau entre membres, mais l’accès à Internet est presque indispensable dans un but militant pour poster des photos où accéder à des médias en ligne. Il faut aussi un sacré débit pour pouvoir alimenter tout le monde depuis une seule connexion, c’est pour cette raison que l’utilisation de ce type de réseau peut être limitée à certaines utilisations. Pas question d’utiliser la connexion du peuple pour streamer un film en 4K.

Les ennemis d’un système

Partout où l’on musèle Internet (Népal, Tchad, Égypte…) on voit apparaitre ce genre de réseau parallèle à l’instar de l’utilisation de FireChat à Hong Kong. Le but du jeu est de se servir d’Internet pour chiffrer et se cloisonner du reste du monde. On ne sait jamais, en France nous pourrions voir l’émergence d’un despote encore plus vicieux que celui que nous avons en ce moment.

Attention aussi aux FAI traditionnels qui pourraient voir d’un mauvais oeil ces projets permettant à n’importe qui d’avoir un accès Internet gratuit. De même, les majors et ayants droit seraient sans doute assez énervés d’avoir à lutter contre un autre réseau complètement anonyme où les chansons de Céline Dion s’échangeraient comme des bonbons dans une cour de récré.

Piratebox et FreedomBox

Car ce type de projet est très proche philosophiquement des Piratebox ou des FreedomBox : des mini-serveurs matériels, à peine plus gros qu’un téléphone portable, qui permettent à chaque utilisateur de gérer son propre réseau social, de partager des fichiers légaux ou non, de contrôler l’accès et la diffusion de ses propres données tout en étant «étanches» aux organismes de surveillance. Le principal avantage réside, bien sûr, dans la simplicité du système ainsi que son coût modique puisque n’importe quel vieux PC peut servir de noeud.

tutoriel firechat
Sur cette illustration, on peut voir que le réseau « mesh » peut être relié à Internet, mais il n’a pas besoin d’Internet pour fonctionner ! Dans cet exemple on peut voir que les « maisons » sont proches, mais on peut aussi placer des relais entres elles…