L’inventeur des cookies s’excuse pour leur utilisation abusive

Nous passons chaque semaine un certain temps à accepter (ou non) les cookies informatiques. Le créateur de ces fichiers s’est dit désolé pour l’utilisation abusive qui en est fait aujourd’hui.

Elle est loin l’époque où c’est nous qui mangions les cookies. Aujourd’hui, ce sont eux qui nous mangent ! Au sens figuré, certes, mais ce sont bien eux qui nous ponctionnent nos données de navigation et nos habitudes. Vous avez le malheur d’accepter les cookies d’un site sur lequel vous avez cherché de nouveaux rideaux, et voilà qu’ils vous suivent partout où vous vous rendez ! Vous allez sur un site de boomerang ? Un autre sur comment réparer votre robinet ? Un troisième pour trouver une recette de kouglof ? Trois sujets totalement différents et pourtant la même publicité qui revient inlassablement : ces rideaux tant convoités ! La faute à ces satanés biscuits numériques qui mettent à mal notre sécurité sur Internet. Les cookies vous énervent ? Leur créateur s’en excuse.

Tel est cookie croyait prendre

Lou Montulli ne pensait en effet vraiment pas que les cookies, qu’il a créés en 1994, prendraient une telle ampleur sur la vie quotidienne de milliards de personnes. L’Américain voulait simplement nous aider à gagner du temps et rendre la navigation sur internet plus facile. C’est en effet son invention qui nous permet par exemple de pouvoir rentrer sur un site sans que ce dernier ait l’impression que c’est la première fois que vous le visitez. Interviewé par l’AFP, il explique être le premier surpris par l’utilisation qui en est faite de nos jours.

Mon invention est au centre des stratégies publicitaires en ligne, mais ce n’était pas le but. Il s’agit simplement d’une technologie de base qui permet au Web de fonctionner.

Si cette utilisation commerciale intrusive est en effet aujourd’hui celle qui est la plus mise en avant, il faut savoir que les cookies permettent surtout des choses indispensables au bon fonctionnement du Web. Publier des commentaires, ajouter un article dans un panier ou ouvrir automatiquement une session sont quelques exemples de leur utilisation. Le vrai problème selon l’ingénieur, ce sont les cookies tiers mis en place par d’autres sites pour être intégrés aux navigateurs et aux régies publicitaires.

C’est seulement grâce à la collusion entre de nombreux sites et une régie publicitaire que les publicités ciblées sont possibles. (…) Si vous faites une recherche sur un produit de niche un peu bizarre et que vous vous retrouvez bombardés de pubs pour ce produit sur différents sites, c’est une expérience étrange.

Il comprend ainsi avec tristesse que les gens puissent aujourd’hui se méfier de son invention qui a ainsi gagné une aura négative d’espion à la solde des entreprises qui veulent nous inciter à vider nos comptes courants. Alors on fait comment pour s’en sortir ?

Cibles émouvantes

Il est vrai que ce ciblage peut vite devenir pénible quand on surfe sur la toile. Il y a bien des bloqueurs de publicités, mais les régies trouvent toujours un moyen de les contourner malgré tout. De plus, ils font partie d’un système économique qui nous est aussi bénéfique d’un autre côté. Comme le rappelle Montulli, sans la publicité, faire une recherche sur Google serait payant pour les utilisateurs. Nous nous retrouvons bien ici face au vieil adage « Si c’est gratuit, c’est toi le produit. ». Sa politique en matière de cookie étant toutefois un peu trop invasive, la firme américaine s’est pourtant vu infligé une amende de 150 millions d’euros par la CNIL. Facebook a été également pris par la patrouille et devra s’alléger de 60 millions. On a presque envie de parler d’une goutte d’eau quand on sait combien la publicité rapporte à ces deux sociétés. Le créateur des cookies met également en garde contre la dangerosité de les interdire à des fins commerciales car la riposte pourrait être encore plus dangereuse.

La publicité trouvera une solution. Cela deviendra une course à l’armement technologique étant donné les milliards de dollars en jeu, et l’industrie publicitaire fera ce qui est nécessaire pour garder le navire à flot.

Pour lui, la seule solution viable pour contenter toutes les parties de l’équation viendra d’une régulation qui permettra de maintenir les cookies tiers tout en mettant en place des outils de contrôle parmi lesquels l’option d’accepter ou non le partage des données.

Le Web serait vraiment inutilisable sans les cookies. Mais il va falloir faire évoluer la façon dont ils sont utilisés par les annonceurs.

Conclusion ? On n’a pas fini d’en manger et de faire s’engraisser Google et ses copains gloutons qu’aucune amende ne guidera vers un régime.


Laisser un commentaire