GETTR : refuge de la liberté d’expression pour le meilleur et pour le pire ?

La censure qui touche certains comptes Twitter a eu une conséquence finalement sans surprise : la naissance d’un clone plus libre nommé GETTR.

Au fondement d’Internet était porté un mot en étendard : Liberté ! Oui, cette création tentaculaire qu’était le World Wide Web se positionnait ainsi comme le summum de la liberté ! Celle de parler avec qui on veut, de dire ce que l’on veut et de partager ses opinions pour les faire valoir. Puis, cette toile que certains pensaient n’être qu’une mode éphémère est devenue le fondement d’une nouvelle réalité. Internet est partout, indispensable, indéboulonnable et omniscient. Les réseaux sociaux regroupent des milliards de personnes, créant de nouveaux mondes avec de nouvelles règles bien spécifiques à chacun d’entre eux. Celui de Twitter a dû se résoudre à mettre en place une censure quand les propos qui y étaient partagés n’étaient pas en adéquation avec la politique d’utilisation. Donald Trump en fut une des « victimes » les plus célèbres, s’y voyant banni en janvier 2021 après les émeutes de la Maison Blanche. Un premier pas qui a poussé à la création de GETTR.

Nouveau monde

Jason Miller a été pendant 5 ans le conseiller et porte-parole de Donald Trump. Voyant bien que son employeur avait de plus en plus de mal à trouver une plate-forme qui le laisserait parler en toute liberté, il lui propose tout simplement de créer la sienne. Le président en place à l’époque refuse mais l’idée ne quitte pas Miller qui va même l’amener jusqu’au bout. C’est ainsi qu’est lancé GETTR aux États-Unis le 4 juillet 2021. Une date qui n’a rien d’un hasard, elle qui célèbre l’indépendance de la nation américaine. Au niveau de son fonctionnement et de son look général, il s’agit ni plus ni moins que d’une copie de Twitter où le rouge remplace le bleu. Les textes partagés peuvent toutefois comprendre 777 caractères au lieu des 280 de son inspiration. Là où GETTR se différencie, c’est surtout qu’il n’y a pas de censure.

Libération de parole

C’est en effet l’argument premier de celle qui se présente comme « une toute nouvelle plateforme de médias sociaux basée sur les principes de la liberté d’expression, de la pensée indépendante, du rejet de la censure politique et de la cancel culture ». Seuls les partages traitant de la pornographie y sont interdits. Pour le reste, c’est open bar. Tous ceux qui s’y retrouvent ont donc la possibilité de partager leurs opinions en toute liberté et sans avoir peur de se voir bannir. C’est ainsi que GETTR est devenu le refuge de nombres de représentants d’alt-right américaine, de complotistes, de polémistes et de nombreuses figures de l’extrême droite française. Ces dernières en avaient marre de se voir suspendre ou fermer leurs comptes sur Twitter et la plateforme de Miller les accueille les bras ouverts.

Eric Zemmour y est suivi par plus de 27 000 abonnés. Pareil pour Papacito, l’influenceur qui prône le virilisme, les armes à feu et déteste « les mecs qui puent la fragilité ». Le président brésilien Jair Bolsonaro compte lui plus de 508 000 followers !  Le suprémaciste blanc Daniel Conversano s’y décrit comme « Fier d’être Européen et père de 2 enfants blancs ». Nous y découvrons donc un grand champ libre pour dire effectivement ce que l’on veut et les propos sexistes, racistes ou homophobes y retrouvent ainsi une colonne qui n’est pas là pour les juger. Alister Riviere, le directeur stratégique de GETTR France, explique cet engouement :

L’idée de GETTR est de faire en sorte que toutes les personnes puissent exprimer librement leurs opinions. Les réseaux sociaux actuels vont au-delà de leur charte de modération, ils font du zèle pour les contenus politiques ou les débats d’actualité. Cela laisse à GETTR un espace pour exister.

Il y a donc de la place pour tous, mais tous ne la prenne pas.

À droite toute mais on n’irait pas aussi un peu à gauche ?

Pour l’instant, ce nouveau réseau social semble n’aller que dans un sens et il faudra attendre qu’il soit également peuplé de personnes qui vont dans l’autre pour en faire un véritable chantre de la liberté d’expression. Il ne tient donc qu’à ceux qui veulent lancer les débats de s’y inscrire eux aussi pour équilibrer l’échange d’idées. Est-ce que GETTR et ses abonnés actuels leur feront la haie d’honneur, heureux de se voir finalement comme symbole de la libération de la parole universelle et moins censeurs que Tweeter ? On attend de voir.