Crosscall : le fabriquant de smartphone peut-il produire 100% français ?

En 2022, l’argument du 100% français peut-il s’adapter au marché des smartphones ? Premiers éléments de réponse avec Crosscall dont c’est justement l’ambition.

Les marques françaises dans le milieu des téléphones portables ne se bousculent pas vraiment. Il y a bien Archos et Echo, mais la confection se fait en Chine. Wiko se revendique également tricolore sur la seule idée que ses bureaux se situent à Marseille. Elle y base même assez souvent son marketing. Pourtant, elle appartient à 100% à la marque chinoise Tinno et aucun de ses appareils n’est conçu dans l’Hexagone. Par contre, l’entreprise pioche dans le catalogue que son boss lui met à disposition et l’adapte au marché bleu-blanc-rouge. Une maigre consolation qui n’a pas grand impact sur notre économie. À l’inverse, Crosscall souhaite vraiment faire bouger les choses sous nos latitudes.

Crosscall : dans le dur pour son bien

La société Crosscall est née d’une sortie en mer qui faillit tourner au drame. Cyril Vidal se retrouve au milieu d’une tempête, son téléphone prend l’eau et devient inutilisable. Revenu miraculeusement sur la rive sans avoir pu appeler les secours, l’homme se jure alors de créer des smartphones étanches et assez solides pour résister à toutes les conditions les extrêmes, ce qu’il fait dès 2009. Une idée qui a depuis séduit la SNCF, la Police, la Gendarmerie et certains hôpitaux qui équipent leur personnel avec ses modèles à la solidité à toutes épreuves. Mais le succès se trouve aussi auprès des utilisateurs « normaux » puisque ce sont en moyenne 500 000 unités qui sont vendus chaque année. Fort de ces chiffres très encourageants, Vidal a une autre ambition : celle de rendre la fabrication de ses terminaux la plus française possible. Déjà pour des raisons pratiques, comme il l’explique à nos confrères de BFMTV :

Pour un industriel, l’éloignement de la supply chain est très mauvais. Cela engendre tout un tas de problèmes, logistiques et humains. Globalement ça a toujours été compliqué pour nous

Et ce n’est pas la crise du Covid qui a arrangé les choses, allongeant les délais de livraison et, surtout, multipliant par 10 le prix d’envoi des containers. Une expérience révélatrice pour le PDG de Crosscall qui en a subi les conséquences de plein fouet.

On a eu de gros problème d’approvisionnement et quand les usines ont rouvert, la qualité n’était plus au rendez-vous. Ce n’étaient pas les mêmes ouvriers qui travaillaient et on a refusé beaucoup de produits qui ne remplissaient pas nos standards de qualité. Cela nous a coûté 35 millions d’euros de chiffre d’affaires.

L’heure était donc au changement.

Retour aux sources

La société a en effet décidé sans attendre de relocaliser sa section R&D dans ses locaux d’Aix-en-Provence où elle a également installé des machines flambant neuves pour fabriquer les prototypes. Plus de 4 millions d’euros ont été ici investis, avec une aide de l’État de 800 000€. La politique du gouvernement fait tout pour motiver les entreprises à relocaliser en France et Crosscall compte bien profiter de cette main tendue pour parfaire son offre.

L’objectif est aussi d’améliorer nos produits pour voir comment ils vieillissent, et donc améliorer la production. On a de très beaux outils pour conforter notre durabilité. Nos produits sont désormais garantis 5 ans au lieu de 3.

Dans un souci de durabilité et d’écologie, le constructeur a lancé également la construction de sa propre usine de reconditionnement, une tâche qu’elle sous-traitait jusqu’à présent. Cette action permettra de garder dans le circuit les smartphones produits.

Nous souhaitons reprendre cette activité. Par exemple en reconditionnant les 230.000 terminaux livrés à la police et à la gendarmerie qui vont revenir dans les cinq prochaines années.

Deux missions primordiales qui semblent presque faciles à mettre en place par rapport à la troisième : relocaliser la production en France !

Nouvelles fondations

C’est effectivement le véritable casse-tête face auquel se retrouvent de nombreuses entreprises françaises : comment ramener une chaîne de production entière dans l’hexagone. Un défi que souhaite relever Crosscall qui va investir plus de 10 millions d’euros sur les 5 prochaines années. La compagnie a d’ores et déjà trouvé le bâtiment qui se trouve avec chance face à son siège social d’Aix. Fabriquer un téléphone 100% français, est-ce vraiment possible ? Cyril Vidal répond :

On veut travailler le plus possible avec des fournisseurs français. Pour un smartphone, il y a 3 à 7 strates de production: de la plasturgie, en passant par les écrans, aux composants. Nous avons trouvé un partenaire français pour la plasturgie et une partie des composants électroniques sera fournie par STMicroelectronics.

Néanmoins, pour certains éléments comme les écrans ou la mémoire, il n’y aura d’autre choix que de se fournir chez des sociétés américaines ou asiatiques. Pour la main d’œuvre, Crosscall compte recruter et former entre 50 et 100 personnes avec un objectif de production des accessoires début 2023 et des smartphones en 2023/2024. La société pense que tout cela permettra de garder des tarifs attractifs par rapport aux nouveaux coûts de production.

Il y a un vrai sujet depuis le Covid avec la question de la logistique, un container coûte aujourd’hui 10 fois plus cher et les prix ne vont pas baisser tout de suite. C’est démesuré, pas toujours justifié et ça peut mettre en difficulté un pays. Nous sommes très en colère contre les logisticiens. C’est une honte, au final, c’est le consommateur qui paie, nous avons ainsi dû augmenter nos prix en moyenne de 8%.

Cette hausse des frais de transport couplée à celle des salaires des ouvriers chinois peut donc laisser entrevoir une lueur d’espoir pour Crosscall. Des ambitions économiques patriotiques à saluer, même s’il faudra ici aussi s’adapter aux salariés français parfois moins dociles et réactifs que leurs homologues asiatiques. Deux données influentes dans le succès des industries technologiques, et encore plus celle de la téléphonie mobile.


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