Apple refuse le futur standard du SMS pour mieux fustiger « les pauvres » ?

Apple a la réputation de ne jamais rien faire comme les autres, on le sait, mais c’est parfois au dépend du bien-être des utilisateurs. Ce qui commence justement à énerver sérieusement quelques personnes, dont Hiroshi Lockheimer, le patron d’Android.

Depuis ses débuts, Apple a toujours choisi de se démarquer des autres dans tout ce que l’entreprise de Steve Jobs a mis en place. C’était déjà le cas avec ses ordinateurs Mac, et il en fut de même quand la firme de Cupertino s’est mise en tête de lancer son propre smartphone. Ainsi, il y aura 15 ans le 29 juin 2022, sortit le premier iPhone. Petite merveille de technologie, il se démarquait avec son système d’exploitation iOS performant et unique. Malgré l’arrivée tonitruante d’Android sur le marché, la marque à la pomme a continué sur sa lancée et a travaillé sur le côté exclusif de son offre. Si cela a permis une plus grande connexion entre tous ses produits, la manière de faire a surtout montré qu’Apple cultivait un peu trop le caractère autarcique de son univers à part qu’elle a même réussi à teinter d’un aura de supériorité sociale.

Pas assez cher, mon fils

Quand vous vendez votre dernier modèle de téléphone à 900 €, c’est que vous le destinez dès le départ à un public qui a des moyens financiers en conséquence. Avec 1,5 milliards de téléphones vendus depuis son lancement, il faut croire que le prix n’est pas vraiment un frein au passage à la caisse. Apple se bat même avec Xiaomi pour la deuxième place du podium des marques de smartphones les plus vendues derrière Samsung. Autant dire que son écosystème est utilisé en nombre à travers le monde. Sauf que ce dernier veut garder ses singularités sur certaines fonctionnalités universelles, quitte à un peu trop mettre en lumière ceux qui ne l’utilisent pas. Dans sa messagerie iMessage qui sert par exemple à recevoir des SMS, si vous en recevez un de la part d’un utilisateur d’appareil Android, alors la bulle est de couleur verte, et non bleue comme pour ceux sous iOS. Un article édifiant du Wall Street Journal montre ainsi que cela a un effet chez les jeunes qui voient d’un mauvais œil l’apparition de ces bulles d’une couleur différente revêtant presque un caractère de pauvreté. Certains se retrouvent même mis de côté dans les conversations.

Aux États-Unis, il faut savoir que 70% des 18-24 ans utilisent un iPhone selon une étude récente du Consumer Intelligence Research Partners (CIRP). La stratégie d’Apple étant ainsi d’habituer les jeunes à l’interface pour qu’ils deviennent, les années passant, des acheteurs réguliers de nouveaux appareils de la marque puisque pas habitués aux autres. Un refus de traiter tout le monde de la même manière qui commence à faire naître la grogne chez certains, dont le boss d’Android.

Messages pas comme une image

En réaction à l’article du Wall Street Journal, Hiroshi Lockheimer, patron de Android, y est en effet allé de quelques tweets vigoureux à propos de la manière de faire de son éternel rival.

Le verrouillage d’iMessage par Apple est une stratégie bien documentée. Utiliser la pression sociale et l’intimidation afin de vendre des produits est malhonnête pour une entreprise qui place l’humanité et l’équité au cœur de sa stratégie marketing. Il existe des standards pour remédier à cela.

Ce que demande Lockheimer ici est très simple. Il souhaite qu’Apple incorpore à iMessage le protocole de messagerie RCS (Rich Communications Services). Ce dernier, développé par le GSMA pour prendre la suite des anciens standards SMS et MMS, propose des fonctions modernes, comme les conversations de groupe ou l’envoi de fichiers volumineux. Le Japonais précise ainsi sa pensée :

Nous ne demandons pas à Apple de porter iMessage sur Android. Nous demandons à Apple de soutenir le standard de l’industrie pour la messagerie moderne (RCS) dans iMessage, comme il le fait déjà pour les anciens standards SMS / MMS.

Pour lui, cette méthode insulaire utilisée par Apple serait même un frein pour l’industrie et l’expérience des utilisateurs Android, mais aussi ceux d’iOS. Il met d’ailleurs en avant certaines failles dans la sécurité de la messagerie concurrente qui pourraient ainsi être réglées.

Cette sortie publique sera-t-elle suffisante pour faire réagir les croqueurs de pommes ? Leur place d’entreprise la plus cotée en Bourse du moment devrait surtout les conforter dans leur immobilisme, qu’il ait des conséquences négatives ou non sur la société. Quand on est en haut de la pyramide, on se moque bien de ceux qui se noient dans les sables mouvants.


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