Vdoma, l’application ukrainienne « AntiCovid » est pire que la française

Vous pensez que TousAntiCovid est une saleté liberticide avec son « contact tracing » Bluetooth et son pass sanitaire ? Vous avez raison. Mais nous avons dernièrement pu essayer l’application requise pour les personnes souhaitant se rendre en Ukraine. Vdoma, ou « À la maison » en ukrainien, porte très bien son nom. Nous allons voir ça…

Pour voir la famille ou boire une bière pas chère et de qualité, on doit parfois se rendre en Ukraine. Le pays est dernièrement passé de l’orange au vert dans la liste du gouvernement français et il n’est donc plus nécessaire de prouver un motif impérieux pour se rendre dans le pays le plus vaste d’Europe. Notons d’abord que l’Ukraine est un pays un peu moins touché par le COVID que la France avec 56 000 morts pour 44 millions d’habitants contre 113 000 morts pour 67 millions. C’est un pays qui est aussi peu vacciné 7 % de la population a eu deux doses contre 55 % en France.

Jeune république, vieilles habitudes

L’Ukraine n’a pas eu le droit à son application de « contact tracing » à la TousAntiCovid, mais c’est un pays qui surveille ses frontières. Une vieille habitude qui date de l’Union Soviétique et qui ne risque pas de changer quand on sait que les anciens « grands frères » russes d’à côté leur ont piqué les 27 000 km² que représente la Crimée (soit l’équivalent de toute la Bretagne).

Bref, un douanier ukrainien ça ne rigole pas et nous en avons encore eu la preuve en ce mois d’août 2021, pile-poil pour les 30 ans de la jeune république. Pour se rendre en Ukraine donc, il faut montrer un test négatif aux autorités françaises, mais ce denier est inutile une fois arrivé sur place. Les Ukrainiens ne vont pas s’embêter à télécharger TousAntiCovid Verif et nous les comprenons. Le QR code européen ne s’applique pas non plus : l’Ukraine n’est pas dans l’UE. La solution ? Faire un test sur place. Il est possible de faire un test directement à l’aéroport, mais vous avez de toute façon 72 heures pour obtempérer. Comment les autorités vérifient-elles cela ? C’est là que ça devient intéressant…

« À la maison » : ça, c’est sûr !

Les voyageurs, étrangers comme Ukrainiens, doivent télécharger Vdoma (Вдома), une application pour Android ou iOS que vous déclenchez à votre arrivée. Ce qui n’est pas expliqué sur le site diplomatie.gouv, c’est que vous devez l’activer avant le passage à la douane et montrer qu’elle fonctionne au douanier qui vérifie les passeports. Aucun moyen de gruger avec un « Mais je n’ai pas Internet sur mon téléphone, je viens d’arriver », ou un « Je le ferai chez moi, promis frère ». Dans notre cas, il a fallu nous mettre sur le côté et télécharger l’appli avec le WiFi gratuit de l’aéroport de Kiev.

Et là, c’est un choc : l’appli est en ukrainien et s’il est possible de la régler sur l’anglais, seules les notifications sont dans la langue de Phil Collins. Avec quelques notions en russe, ça passe (ou de polonais si vous savez déchiffrer le cyrillique), mais pour les étrangers de passage, rien ne permet de vous aider. Et il ne faudra pas compter sur le douanier, pas vraiment réceptif à votre ignorance. Une fois, activée, l’application affiche une sorte de compte à rebours très anxiogène. Vous avez en effet 72 heures pour faire votre test. Lorsqu’il voit que l’application est activée, le douanier lève le pouce et nous fait signe que « c’est bon ». Il sourit enfin Sergueï.

Le compte à rebours est là pour vous rappeler d’aller vous faire tester et même si vous n’avez pas encore pris votre café, l’appli peut vous demander de prouver que vous êtes bien dans votre zone de quarantaine.

Et ce n’est pas fini !

Et ce n’est pas tout puisque Vdoma demande des autorisations pendant l’installation : appareil photo, géolocalisation et téléphone. Ha ? Le but est simple : ne pas vous lâcher !
Vous n’aurez pas le droit de sortir d’un rayon d’environ 300 mètres pendant 10 jours de quarantaine. Deux exceptions à cela : vous êtes testé négatif dans les 72 heures et vous n’aurez plus de restrictions ou vous pouvez sortir de cette zone pendant 2 heures par jour avec un chronomètre à activer à la main.

Et Vdoma ne mégote pas, l’appli vous demandera aléatoirement de prendre une photo de vous à votre domicile pour prouver que vous n’êtes pas en train d’admirer les beautés de l’architecture soviétique. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une photo, mais d’un procédé de capture faciale où on vous demandera de tourner la tête de différents côtés jusqu’à ce que l’appli valide que vous êtes reconnaissable et à l’intérieur.

Si vous oubliez de la faire parce que votre portable est resté dans votre sac par exemple, vous recevrez alors des notifications légèrement menaçantes : « Vous êtes peut-être en train de violer votre quarantaine ». Idem si vous passez en mode avion ou que votre activité est suspecte.

Pour être tranquille, une seule solution : le test PCR ou antigénique passé dans un laboratoire pour le prix de 700 hryvnias. 23 €, soit l’équivalent de 15 pintes dans un bar de Kiev (et oui, on vous a dit que c’était pas cher). Le lendemain, avec le numéro de passeport que vous avez renseigné dans l’appli, vous recevez une notification. Le compte à rebours s’arrête : vous êtes sauvé !

Si vous êtes positif, il faudra continuer votre quarantaine et vous rapprocher d’un médecin. De toute façon, les voyageurs qui souhaitent se rendre en Ukraine doivent absolument disposer d’une assurance spécifique pour que les éventuels frais médicaux soient pris en charge. Ça, la France devrait s’en inspirer, mais c’est une autre histoire. Si vous ne jouez pas le jeu et que vous décidez de ne pas vous faire tester, il y a de fortes chances pour que vous ayez des ennuis avec les douanes au retour. Et s’il y a bien un truc qu’on apprend vite en Ukraine, c’est qu’on ne rigole avec le type qui a la Kalashnikov.

La quarantaine dure 10 jours et vous avez le droit de sortir de votre rayon pendant 2 heures par jour jusqu’à la réception de la notification qui vous « libère ». Test négatif.