Twitter, le cas Sardine Ruisseau et la mort lente de la liberté d’expression

Vous avez sans doute entendu parler de la désactivation du compte Twitter qui parodiait la députée EELV/NUPES Sandrine Rousseau. Revenons un instant sur la quantité d’âneries que l’on a pu entendre sur cette affaire révélatrice de ce qu’est l’Internet d’aujourd’hui…

« Sardine Ruisseau » (@sandruisseau) était, jusqu’au 22 juillet 2022, un compte parodique qui détournait l’image de la députée Sandrine Rousseau. Pas d’insultes, pas de menaces, juste de la moquerie et de l’absurde.

Il faut dire que Mme Rousseau tend parfois le bâton pour se faire battre avec des tweets gaffeurs : un hommage à « Jean-Pierre » Belmondo le jour de son décès et des interventions télévisées lunaires. On se souvient de son « homme déconstruit » dont elle est très contente ou des terroristes afghans qui seraient mieux en France car cela nous « permet de les surveiller ».

Le compte n’a pas été censuré

Or il y a quelques jours, le compte disparaît. Comme ça sans crier gare. Bien sûr les personnes de l’autre côté de l’échiquier politique crient à la censure, mais il n’en est rien : le compte a été simplement suspendu par son auteur.

Sardine ruisseau
Voilà à quoi ressemblait le profil de « Sardine ». On aime le drapeau suédois…

Peut-être « Sardine » s’est-elle tout simplement lassée de se moquer de la pauvre Sandrine, peut-être l’auteur a-t-il subi des pressions. Pour l’instant on ne sait pas. Pourtant sur Internet on voir des articles très dérangeants avec des titres comme « Non, le compte Sardine Ruisseau n’a pas été censuré par Twitter (et c’est regrettable) » La censure est donc acceptable pour certains journalistes ?

Où est Charlie ?

Mais on le sait, depuis que Musk a voulu prendre les rênes de Twitter (l’affaire n’est pas terminée), certains utilisateurs ont peur de perdre leur gentil cocon de bienveillance. Il ne faudrait surtout pas se retrouver avec « les autres » pour éviter de confronter leurs idées.

Et pour cette frange radicale de Twitter, Sardine Ruisseau n’est pas un compte parodique, c’est un compte de « cyberharcèlement de la droite extrême » ou un compte de la « fachosphère » pour la sénatrice EELV Mélanie Vogel. Un petit effort et nous atteindrons le point Godwin. Où est cette gauche descendante du « il est interdit d’interdire », où sont les « Je suis Charlie » ? Certes, il est souvent arrivé que le compte « Sardine Ruisseau » soit pris pour le vrai, et que cela amène tout un tas de neuneus à insulter copieusement la députée. Pour éviter la confusion entre le vrai et le faux compte, l’auteur avait pourtant mis en avant le mot « Parodie » et avait changé l’image de profil.

L’art de la victimisation

N’oublions pas que la parodie est un « art » français qui est protégé par la loi et fait partie des exceptions lorsqu’il s’agit de droit d’auteur. Le compte parodique était encore il y a peu de temps dans le top 5 des comptes Twitter à suivre pour passer une bonne journée selon le Dauphiné Libéré.

Bien sûr, le cyberharcèlement, c’est mal. Mais quand on est un adulte et une personne publique, on doit bien pouvoir encaisser quelques tweets d’idiots qui n’ont pas grand-chose à faire de leur journée, non ? Sinon il faut changer de métier.

Pour un mot de travers, Gaston Defferre et René Ribière sortaient les épées. Maintenant on clique sur le bouton « Signaler », on se pose en victime et celui qui n’est pas d’accord avec vous devient « fasciste ».

Bienvenus sur Internet en 2022.

sardine
« – Abruti !
– Fasciste !
– Hein ? »