Surveillance et flicage au travail : quand la liberté attrape le COVID

Déjà répandus, mais autrefois très mal vus, les logiciels espions au travail se rachètent une conduite avec le COVID. Alors qu’il s’agissait autrefois de procédés souvent illégaux qui foulaient du pied le droit des travailleurs, les mêmes logiciels espions ont maintenant la cote. Bien sûr, il s’agit de sauver des vies contre « ce satané virus » ! Du coup, même à la limite de la légalité, « ça passe crème » comme disent les jeunes.

Depuis que le COVID s’est fait une place dans nos vies, le télétravail s’est développé. Mais nos chers patrons et autres DRH ne se sont pas subitement transformés en bolcheviks pour autant. Éviter la propagation du virus, se faire bien voir sur les «rézossossio» et potentiellement éviter les procès pour mise en danger de la vie d’autrui, oui. Laissez les employés glander devant Netflix alors qu’ils sont censés bosser, non. Alors que la pression sociale se fait forte pour télécharger TousAntiCovid, qu’on parle de plus en plus de passeport vaccinal et qu’on ne pourra bientôt plus manger un steak-frites sans avoir à pointer comme dans 1984, les entreprises proposant des solutions de surveillance pour les télétravailleurs se frottent les mains.

surveillance travail
Ce n’est pas pour vous fliquer hein… Pas du tout ! C’est pour «se retrouver, tous ensemble»

Des outils de surveillance au travail qui se banalisent

Et le petit festival des horreurs peut commencer : Hubstaff, ActivTrak, VeriClock… Des applications qui vérifient que vous êtes bien devant votre écran en prenant des captures de votre bureau, des keyloggers (des logiciels qui permettent d’enregistrer les frappes au clavier), des solutions de géolocalisation, des logiciels qui scrutent les sites visités ou le nombre d’e-mails envoyés… Dans la France de Macron, le droit de travail est passé au second plan, mais on ne peut pas forcément tout faire comme aux USA par exemple. Attention quand même, car selon une étude de GetApp, 45 % des 1400 employés Français interrogés en novembre 2020 travaillent dans une entreprise qui utilise des outils de surveillance.

Sneek : un mur de visages au garde-à-vous

Mais dans le pays de la viande aux hormones, c’est «royal au bar». Le logiciel Sneek fait un tabac avec des ventes décuplées depuis le «méchant-virus-qui-va-tous-nous-tuer-mais-en-fait-non-ça-ne-touche-que-les-très-vieux-et-encore-on-sait-pas-trop-si-ils-meurent-tous-de-ça». Il s’agit d’un logiciel qui prend une photo du télétravailleur toutes les 5 minutes. Le but est bien sûr de vérifier que vous êtes bien devant l’écran, mais officiellement il s’agit de « rester plus facilement en contact avec l’équipe »… Bah voyons. Comme si on avait besoin de voir la tronche de Didier de la compta alors qu’il est au huitième, nous au second, qu’il est Témoin de Jéhovah et qu’on ne lui a pas adressé la parole depuis 2008.

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«Human contact for remote teams». Et mon cul c’est du poulet ?

Atteinte à la vie privée, mais aussi violation du secret médical

Et comme si cela ne suffisait pas de traquer les honnêtes travailleurs, voici qu’on les observe comme des rats de laboratoire. Magie de l’IA, à Taïwan le logiciel FaceHeart se greffe sur un système de vidéosurveillance pour détecter des signes vitaux «louches» : essoufflement, fièvre, etc. Encore aux États-Unis, l’appli ProtectWell teste les employés, mais… uniquement pour donner les résultats directement à l’employeur ! L’appli permettrait même de suivre les déplacements du personnel et de surveiller que Martin s’est arrêté suffisamment longtemps au lavabo après son pipi.

Plus fort : pour avoir la paix et bien montrer qu’on est un citoyen modèle, IBM propose un laissez-passer de santé (FitBit va faire de même avec ses bracelets connectés) : toutes vos constantes vitales et votre carnet de vaccination sur une application. Un compte-rendu de santé que les uns et les autres peuvent consulter. Et le secret médical ? Dépassées ces considérations pré-COVID mon bon monsieur : il faut bien montrer qu’on n’est pas dans le camp des complotistes insouciants qui osent ôter leur masque lorsqu’ils sont seuls dans la rue. Raclures fascistes !