Replicant, une alternative libre à Android

Android est peut-être open source, mais il fait appel à de nombreux logiciels propriétaires. Replicant, lui, est entièrement libre ! Entretien avec Paul Kocialkowski, son développeur principal.


Qu’est-ce qui vous a conduit à rejoindre Replicant ?

Après avoir endommagé mon Openmoko FreeRunner (le premier téléphone «entièrement libre») avec un fer à souder lors d’une mise à jour matérielle, j’ai alors découvert le projet Replicant et me suis tourné vers le HTC Dream sur lequel il était compatible. Petit à petit, j’ai commencé à fouiller dans le code source pour y corriger des erreurs, puis j’ai pris en charge des tâches de plus en plus sérieuses jusqu’à porter Replicant vers la version 2.3 d’Android et sur le Nexus S. Denis ‘GNUtoo’ Carikli, initiateur du projet, s’étant finalement retiré du développement actif, je suis devenu le développeur principal de Replicant, même si GNUtoo est toujours très présent pour discuter des grandes orientations.

Pourquoi ce nom, Replicant ?

Dans le livre de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, les robots d’apparence humaine étaient désignés par le terme «Androids». Dans son adaptation cinématographique BladeRunner, le terme a été remplacé par «Replicant». Notre projet étant une «adaptation» d’Android, il est naturel que le nom Replicant ait été choisi.

Quels sont les avantages (et désavantages) à installer un OS entièrement libre ?

Il y a bien sûr l’avantage éthique (contrôler le logiciel plutôt que de se laisser contrôler par lui), mais aussi l’avantage sécuritaire : rien ne garantit que des logiciels propriétaires ne disposent pas de fonctionnalités malveillantes donnant l’accès à distance aux données du téléphone (il est avéré que c’est parfois le cas). Avec le libre, au contraire, on a le plein contrôle. Ceci a en revanche pour conséquence de laisser plusieurs fonctionnalités du téléphone inutilisable, quand celles-ci font appel à des logiciels propriétaires. C’est le cas de l’accélération graphique par exemple.

Comment installer Replicant sur son appareil ?

Replicant est actuellement disponible pour HTC Dream/Magic, Nexus One et S, Galaxy S, S2, S3, Note, Nexus, Tab 2 et Goldelico GTA04, mais attention : l’installation de Replicant n’a rien d’une opération anodine. Si vous n’êtes pas familier avec l’utilisation de la ligne de commande, je vous recommande de vous tourner vers les groupes d’utilisateurs de logiciels libres locaux.

Où trouver Replicant

http://www.replicant.us/

http://redmine.replicant.us/

Avez-vous une idée du nombre d’appareils tournant sous Replicant ?

Nous ne disposons pas de statistiques d’utilisation ou du nombre de téléchargements des images de Replicant, mais personnellement, je n’y vois pas grand intérêt : étant utilisateur au quotidien de Replicant, cela suffit pour me convaincre de la nécessité du projet et de mon investissement.

Que pensez-vous des autres alternatives telles qu’Ubuntu Touch ou Firefox OS ?

Ces alternatives ont essentiellement réécrit les parties déjà libres d’Android et utilisent les mêmes composants propriétaires pour le matériel : elles ne sont donc pas particulièrement plus intéressantes qu’Android de ce point de vue.

Avez-vous observé de votre côté un engouement pour le libre ces derniers temps ?

Avec les récentes révélations d’Edward Snowden, on constate en effet un engouement pour la sécurité, qui conduit naturellement à l’utilisation de logiciels libres. Nombreux sont les nouveaux utilisateurs de Replicant qui cherchent à s’isoler de Google et du contrôle injuste d’autres entreprises compromises par (au moins) le gouvernement américain. Si la sécurité n’est pas le but premier du projet, il semble que c’est aujourd’hui ce qui attire le plus les nouveaux arrivants.