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Liban : Une taxe sur WhatsApp déclenche des manifestations historiques

WhatsApp Liban
20 centimes d'euros par message. Peut-être une broutille pour nous en France, mais un investissement intolérable et insupportable pour les Libanais.

C’en était trop pour les Libanais. Les forêts du pays sont réduites en cendres depuis plusieurs jours, et les habitants sont effarés devant l’inefficacité du gouvernement. Un manque flagrant de moyens en matériels, en financement, en surveillance, en infrastructures, en personnes qui témoignent de l’incapacité du pouvoir en place de gérer une situation de catastrophe naturelle. Mardi 15 octobre, les premières averses saisonnières étouffent les centaines de foyers repérés à travers le pays. Les Libanais pleurent leur patrimoine. Mercredi 16 octobre, le gouvernement annonce une nouvelle taxe sur WhatsApp : 20 centimes par message envoyés afin de renflouer les caisses d’un état jugé corrompu par son peuple. Il n’en fallait pas moins pour que Beyrouth et toutes les autres cités n’explosent. 

WhatsApp, une application d’utilité public au Liban

Il faut comprendre qu’au Liban, le service de messagerie instantanée de Facebook est ultra-populaire. Comme l’explique Raphael Garrouda, docteur en sciences politiques à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) à nos confrères de 20Minutes, « WhatsApp est le premier outil de communication au Liban : tout le monde l’utilise, du chômeur au chef politique. L’application est également un moyen de communiquer à l’international, sachant qu’une partie de la population libanaise a émigré à l’étranger ». Comme le précise M. Garrouda, au Liban le chômage touche particulièrement les jeunes générations et il n’est pas rare de cumuler deux ou trois emplois pour tout juste s’en sortir. Avec une telle annonce, le gouvernement prouve à quel point il est déconnecté des problèmes du peuple. 

Toujours dans les colonnes de 20Minutes, la politologue Ziad Majed caractérise la décision du gouvernement comme « la provocation de trop ». Et surenchérit : « Toute la classe politique est accusée par une grande partie des Libanais de corruption et de mauvaise gestion des affaires publiques, du budget et de l’argent de l’Etat. Cet état en train de faire faillite à cause de la corruption de ses responsables et de l’accumulation de leurs mauvais choix économiques. Et au lieu de faire des réformes et d’envisager des mesures sérieuses, il ne cherche qu’à imposer plus d’impôts. C’était pour beaucoup une arrogance insoutenable », conclut la spécialiste.

En ce moment-même, des manifestations d’ampleur ont lieu à travers tout le pays depuis 5 jours. Tous les Libanais semblent se rejoindre dans ce combat, religion, classe sociale, âge, niveau d’étude tous confondus. Leur volonté est affichée : le départ pur et simple de toute la classe politique actuelle.