Le piratage coûte 1 milliard ? HADOPI raconte des salades

Selon HADOPI, le piratage a causé un manque à gagner de 1,03 milliard d’euros en 2019. Cela concerne aussi bien les retransmissions sportives que les contenus culturels : films, séries, musique… Ce ne sont pas moins de 11,8 millions de « pirates » qui sont pointés du doigt, car ils ont fait perdre 2650 emplois à ces différents secteurs. Nous allons voir que ces chiffres ne veulent rien dire…

HADOPI a dernièrement publié une étude de PMP pour mesurer l’impact économique de la « consommation illicite en ligne ». Pour ce faire, ils ont trouvé 2509 internautes âgés d’au moins 15 ans et leur ont posé des questions sur leur comportement vis-à-vis de la consommation de biens numériques. Alors vous connaissez sans doute l’argument de poids des « pirates » dans ce domaine : « un film piraté n’est pas forcément un film acheté ». Effectivement ce n’est pas parce que Jean-Mich a téléchargé tous les albums live de Johnny, la collection complète des James Bond et l’intégrale de Goldorak qu’il aurait acheté ces biens à Auchan ou en VoD.

Des estimations « maison »

Et d’ailleurs l’étude a essayé de répondre à cet argument en déterminant le « taux de report » vers l’offre légale dans chaque catégorie. Par exemple : « si le dernier contenu piraté que vous avez consommé avait été disponible légalement au même moment, auriez-vous privilégié la solution légale ? ». On constate par exemple que 27% des gens interrogés auraient choisi l’offre légale en VoD pour un contenu qui n’aurait pas été disponible de manière illégale ou que 15% auraient choisi la salle de cinéma. C’est plutôt intéressant, mais cela ne prend pas en compte le nombre de contenus. Certaines personnes piratent un film la semaine et d’autres 3 par jour… Sans compter les téléchargeurs compulsifs qui vont absolument télécharger tous les nouveaux animés, mais qui n’en regarderont que 10%.

En partant de ces calculs savants (si X% des 11,8 millions ne se reportent pas vers le légal alors le manque à gagner est de Y €), puis en y ajoutant des « estimations » on arrive à broder : 310 millions d’euros de perte pour la vente physique, 260 millions d’euros pour la télévision payante, 320 millions d’euros pour les recettes fiscales, etc. Et comme en ce moment, les pertes d’emploi font pleurer dans les chaumières, on sort un chiffre de 2650 emplois perdus. Et pourquoi pas 2651 et demi ? Allez, vous m’en mettrez 2652 et on n’en parle plus. Notons aussi l’absence complète du secteur du jeu vidéo dans l’étude. Trop complexe sans doute.

hadopi
Un panel réduit, des questions pétées et des réponses louches, PMP fait fort.

L’explosion du piratage des retransmissions sportives s’explique facilement

Il faut aussi noter que les gens qui piratent sont de gros consommateurs. Ils téléchargent illégalement, mais ils vont à des concerts, vont au cinéma, achètent des BD, etc. Combien de personnes téléchargent des films rentabilisés depuis des décennies juste parce qu’ils ne sont pas sur Netflix ? Sans parler de ceux qui piratent des contenus qui n’ont aucune offre légale équivalente. Sont-ils comptés dans les 11,8 millions de malotrus qui ruinent notre économie ? L’étude s’inquiète aussi de l’essor du piratage dans le domaine des retransmissions sportives. Avant de commencer sur ce sujet épineux, saluons les 5% de menteurs de l’étude qui assurent qu’ils iraient acheter un billet pour le stade si leur match n’était pas disponible via une solution illégale (on se moque de qui là ?).

Car pour le sport le problème est tout autre : ce n’est pas le manque d’offre, c’est le fractionnement de l’offre. C’est même devenu un vrai casse-tête que nous avons essayé de résoudre. Une personne qui veut voir les matchs de rugby du Top 14 doit s’abonner à Canal+ même s’il ne regarde pas de séries ou de films. Il serait sans doute prêt à payer 10 € par mois, mais pas 25 €. Un supporter du PSG qui veut voir son équipe en championnat, en Coupe de France et en Ligue des Champions doit prendre 3 abonnements : Telefoot, Eurosport et RMC Sport. Il y a fort à parier que celui qui a RMC Sport pour les grands matchs européens va peut-être pirater les deux PSG-OM et les deux PSG-Lyon de l’année…

Ce qui fait vraiment perdre de l’argent ? HADOPI pardi !

Il est amusant de souligner que l’étude explique que le P2P régresse de plus en plus et que l’IPTV est en plein boom. Quand on sait que HADOPI ne peut prendre des mesures que contre les P2Piste et reste complètement aveugle à toutes les autres méthodes de téléchargement illégal (stream, direct download et IPTV en tête), cela fait sourire. D’autant que les VPN se généralisent de plus en plus… Saluons enfin l’audace de la haute autorité qui a coûté aux contribuables plus de 100 millions d’euros en 10 ans pour un résultat pathétique avec moins de 1800 dossiers qui ont terminé sur le bureau du procureur de la République.

pmp hadopi
Donc ça, ce sont les gens qui ont réalisé l’étude en question. Pas de commentaires.