La Russie veut légaliser le piratage illégal de logiciels occidentaux

Pour contrer les sanctions des entreprises technologiques occidentales, le gouvernement russe souhaite rendre le piratage légal sous ses latitudes et pourrait même nationaliser leurs entrepôts.

L’offensive russe en Ukraine continue encore et encore et aucun signe d’une sortie pacifique du conflit n’est jusqu’à présent palpable. Les bombardements incessants de l’armée russe sur les bâtiments civils ukrainiens semblent même en minimiser plus que fortement les chances à court terme. Si personne en occident ne souhaite déclencher la troisième guerre mondiale en attaquant la Russie, elle n’en est pas moins la cible de sanctions économiques qui en bousculent fortement son économie. McDonald’s, Starbucks, Google, Apple, Nike, Amazon ont par exemple cessé leurs activités au pays de Poutine. Sony y a également mis fin à la vente de ses produits PlayStation, bloquant même l’accès à son PlayStation Store. Le gouvernement russe est donc en train de préparer une riposte à la riposte.

Logiciels nuageux

C’est en effet ce qu’a révélé Kyle Mitchell, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies. Il tire sa conclusion de la traduction d’un article publié dans le quotidien russe Kommersant. Citant une source anonyme, le journal annonce que le Kremlin réfléchirait à autoriser l’utilisation de logiciels occidentaux sans en posséder la licence officielle. Il faut dire que les plus grandes sociétés du secteur en ont fermé l’utilisation, comme il est rappelé dans l’article :

Une telle mesure pourrait temporairement atténuer les conséquences suite au départ de la Russie de Microsoft, IBM, Oracle et autres, indiquent les experts.

Les autorités russes prépareraient donc en urgence des mesures qui permettraient la suspension de poursuites pénales et administratives contre les utilisateurs de versions piratées de logiciels venant de pays soutenant les sanctions contre le pays. Le problème ici, c’est que de nombreux softwares fonctionnent maintenant en tant que service (SaaS) et qu’il est impossible de les faire tourner sans avoir accès aux serveurs des éditeurs. Toutefois, on peut toujours faire confiance aux pirates moscovites virtuoses qui, si on leur laisse le champ libre, trouveront bien un moyen de contourner l’obstacle.

Si cette annonce peut surprendre les occidentaux, elle n’est finalement pas si extraordinaire que ça quand on connaît les largesses de la loi russe concernant le sujet de la propriété intellectuelle.

La loi, c’est moi !

Tout est en effet écrit noir sur blanc dans l’article 1360 du Code Civil de la Fédération Russe. Comme vous l’avez peut-être oublié, on vous le rappelle. En cas d’urgence, le gouvernement a le droit de prendre des mesures sur l’utilisation des inventions, des modèles utiles et des designs industriels sans l’accord des titulaires de brevets. En gros, il n’y a qu’à se servir et faire ce que l’on veut avec les droits d’auteurs. Ce qui est encore plus alléchant quand on sait que l’on n’encourt aucunes poursuites judiciaires en le faisant. En son temps l’Union soviétique avait déjà utilisé ce type de procédé pour contrefaire certaines puces informatiques qui étaient inaccessibles, mais indispensable.

De plus, et cela pourrait avoir de lourdes conséquences dans cette crise, Vladimir Poutine a approuvé la semaine dernière un plan qui pourrait presque transformer les sanctions occidentales en aubaines. Ce dernier permettrait au gouvernement de demander des ordonnances judiciaires afin de nationaliser la gestion d’usines abandonnées. Ainsi, pour « empêcher la faillite et préserver les emplois », rien ne pourrait empêcher à un officiel de mettre la main sur un entrepôt Amazon et de continuer l’exploitation de ce qu’il contient.

On a presque l’impression d’assister du côté russe à un jeu du « Rira bien qui rira le dernier ». Du nôtre, on n’a ni envie de rire, ni l’obscénité de regarder la situation sous un quelconque angle ludique.


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