Identité numérique : l’inquiétant « progrès » de l’Occident vers le contrôle total

Cet été 2022 sera placé sous le signe de l’identité numérique pour nos amis québécois. Un projet fièrement dirigé par la Société québécoise d’identité numérique (SQIN), créée par le nouveau ministère de la Cybersécurité et du Numérique, lui-même mené par Éric Caire. En France, c’est sous l’égide du drapeau européen que semble se concrétiser l’idée. Cela relevait encore de la science-fiction il y a quelques années. Il fascine les uns, effraie les autres. À quoi ce projet va-t-il vraiment ressembler ?

Un « progrès » prévisible

En très bref, il s’agit de pouvoir tout faire avec son smartphone. Aujourd’hui déjà, ces petits bijoux de technologie ne nous permettent plus seulement d’appeler ou d’envoyer des messages, mais aussi de nous repérer, nous divertir, nous informer, nous rappeler à l’ordre, nous organiser, nous commander à manger, etc. Des activités qui n’ont pas besoin d’une authentification d’identité.

L’étape d’après relève du plus confidentiel. Services gouvernementaux, services hospitaliers, paperasse administrative… vous pourrez tout contrôler via votre smartphone, parce que vous aurez grâce à lui la possibilité de prouver à votre interlocuteur numérique que vous êtes bien vous. « Ça évite la manipulation de papier et dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, ça nous permet d’automatiser les services », explique le ministre québécois.

Pour l’instant, ce sont 41 millions de dollars qui vont être déboursés pour que les Québécois puissent profiter de cette expérience à l’été 2022. Les entreprises devront attendre 2023. Quant à une éventuelle numérisation complète du portefeuille, il faudra attendre 2025, et quelques millions en plus. Alors, vous aurez au bout du bras vos données gouvernementales, mais aussi votre permis de conduire, ainsi que les données liées aux compagnies privées, comme les banques et les compagnies d’assurance. Le problème étant que vous ne serez pas le seul à avoir le bras long…

Sécurité, vous dites ?

Éric Caire se veut rassurant et explique que seul le gouvernement aura accès aux données en lien avec la mission de l’État. En revanche, la SQIN travaille sur l’interopérabilité des systèmes pour que les autres informations (cartes de crédit, preuves d’assurance, etc.) puissent être partagées avec des tiers. Quand on sait que le gouvernement canadien s’arroge actuellement le droit de geler les comptes bancaires de ses opposants politiques dans le cadre des manifestations contre les mesures sanitaires, il y a de quoi être inquiet quant aux dérives que permettra ce « tout numérique ».

Les premiers pas de l’identité numérique en France

Alors que des applications telles que Doctolib (santé) et Lydia (économie) ont participé à la fleuraison du numérique dans les années 2010, c’est en 2016 que le gouvernement a instauré son service FranceConnect, et en 2017, avec la présidence Macron, que les débats autour de l’identité numérique ont été lancés par le ministère de l’Intérieur français.

« FranceConnect, c’est la solution proposée par l’État pour sécuriser et simplifier la connexion à plus de 1 000 services en ligne. », peut-on lire sur le site web gouvernemental, juste au-dessus d’un petit clip promotionnel de deux minutes. « Facilitez-vous la vie » semble être le slogan des prêcheurs de l’identité numérique. Ce service permet de connecter tous les autres services entre eux et de pouvoir se connecter à l’un avec le mot de passe de l’autre, en quelque sorte.

De fait, l’ensemble des services regroupés par FranceConnect donne le vertige ; il y en a plus de 1 000, allant des comptes bancaires aux assurances en passant par les impôts, les droits sociaux ou le permis de conduire.

Covid-19, cheval de Troie de l’identité numérique ?

Petite dernière, l’attestation de vaccination au Covid-19 s’est jointe à la fête de FranceConnect. Et, depuis 2022, le gouvernement a aussi lancé son nouvel « Espace Santé » : « un service public qui permet à chacun de stocker et partager ses documents et ses données de santé » auquel il est pour l’instant encore possible d’échapper.

Ces deux dernières années, c’est sous couvert de crise sanitaire que nous avons laissé place à une surveillance 2.0. Traçage des contaminations, fin du secret médical et QR codes à tout-va, nous l’avons accepté pour lutter contre l’épidémie. Peu à peu, nous nous habituons à tout maîtriser grâce à notre smartphone, mais aussi, à être contrôlés sans broncher. L’entreprise française Ariadnext travaille d’ailleurs sur un système de vérification d’identité grâce aux QR codes.

La « décennie numérique » de l’Europe

Dès mai 2021, la Commission européenne recommandait la mise en place d’une « European e-ID », qui ressemble comme deux gouttes d’eau au système envisagé par le Québec. Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence, déclarait alors que les citoyens pourront utiliser leurs portefeuilles numériques européens pour accéder à leurs comptes Google et Facebook au lieu d’utiliser leurs comptes « spécifiques à la plate-forme ». À l’en croire, cela permettrait de décider nous-mêmes de la quantité de données que l’on veut transmettre. Un faux sentiment de sécurité ?

Quelques mois plus tard, le certificat covid numérique européen fait son apparition. Il y a fort à parier que très bientôt, il sera lui aussi lié au passeport numérique dans sa globalité.

Dès lors, bien que tous assurent pour le moment qu’il n’y a « aucune obligation », l’Occident se rapproche dangereusement du crédit social chinois.

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