Identité numérique européenne : un bouleversement digital aux multiples dangers ?

Officiellement pour faciliter encore plus la circulation de ses citoyens dans son espace, l’Union Européenne réfléchit à la mise en place d’une identité numérique commune.

En France, l’épidémie de Covid-19 a poussé le gouvernement à mettre en place des outils numériques censés combattre la propagation du virus. Grâce à l’application TousAntiCovid, il est par exemple possible de traquer les personnes que vous avez croisées potentiellement infectées, et inversement. Une méthode qui n’a pas fait l’unanimité et par ailleurs plutôt intrusive.

Mise en place et ouverte à tous, on ne peut pas dire que l’application ait eu autant de succès que TikTok. Aujourd’hui, c’est le Pass Sanitaire qui est obligatoire si vous souhaitez participer à un événement où plus de 1 000 personnes sont rassemblées.

Le numérique est donc partout et son utilisation comme outil de surveillance s’est accélérée avec la pandémie.

L’Union Européenne emboite le pas et planche elle sur une identité numérique européenne.

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Plus d’unité centrale

L’Europe essaie tant bien que mal de tenter de fédérer ses concitoyens autour d’une véritable identité commune à tous.

Sur les dernières années, les échanges entre citoyens des membres ont été facilités et voyager d’un pays à l’autre est aujourd’hui aussi simple que de prendre le train pour rejoindre deux villes françaises. Le 3 juin dernier, la Commission Européenne a proposé un projet qui devrait faciliter d’autant plus toutes les démarches administratives entre les pays.

Le plan est d’établir une identité numérique nationale qui sera alors reconnue dans tous les pays membres de l’U.E. Ainsi, il vous sera plus simple, par exemple, de louer un appartement, de montrer la validité de votre permis de conduire et, encore plus évident, de prouver votre identité. Cela rendra également plus fluides vos démarches administratives à l’étranger puisque toutes vos données seront stockées au même endroit et de manière officielle dans cette identification commune.

La vice-présidente de la Commission, Margrethe Vestager, a expliqué la motivation de l’U.E à mettre en place un tel projet :

L’identité numérique européenne nous permettra de faire dans n’importe quel État membre ce que nous faisons chez nous, sans frais supplémentaires et avec moins d’obstacles. Que ce soit louer un appartement ou ouvrir un compte bancaire en dehors de notre pays d’origine. Et de le faire d’une manière sûre et transparente.

Vous aurez donc à votre disposition une boite à outils numérique directement dans votre téléphone sans avoir à imprimer quoi que ce soit et qui peut s’avérer fortement utile pour vous faire gagner du temps.

Mais cela est-il le premier pas vers un suivi un peu trop poussé de vos informations ?

Vers une carte au trésor publique ?

Ne serons-nous bientôt plus que des puces à scanner ?

La Commission aimerait que cette idée d’identité numérique européenne soit devenue réalité d’ici septembre 2022. Si l’on peut se poser des questions sur la fiabilité de sa sécurisation, l’U.E informe que tout sera mis en place selon des normes de protection exceptionnelles qui ne pourront être piratées. Enfin, vous n’aurez aucune obligation de donner accès à toutes vos informations à tous les services.

S’il existe des risques à ce processus, ils sont surtout à chercher du côté de l’ordre moral. Cette simplification à outrance n’est-elle pas quelque part la preuve que nous ne serons bientôt plus que des puces à scanner ?

Nos efforts sont de plus en plus limités et tout nous est regroupé dans ce hub numérique que représentent aujourd’hui nos téléphones portables. Nous entrons dans une banalisation de chaque démarche qui nous est facilitée par le suivi presque à la minute près de tout ce que nous faisons. Au nom de l’unité, nous devenons une série de déplacement et de chiffres partagés avec une transparence assumée que nous offrons à toutes les sociétés et tous les gouvernements.

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Cette identité numérique européenne est aussi un pas de plus vers une expansion du partage de données à plus grande échelle. Elle est dans l’air du temps, mais la vraie question est de savoir jusqu’où les limites seront poussées et quel sort sera fait à ce partage massif de données au-delà de nos frontières.

À l’heure où nous avons déjà quasiment tous des puces sur nos cartes bleues et des cartes SIM bien au chaud dans nos téléphones, la traque et la collecte de données va continuer et pourrait donc bientôt tomber dans l’escarcelle européenne.

Une évolution à suivre de près.


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