Guerre de l’info : Twitter marque des journalistes français au fer rouge

Depuis que l’UE a décidé de bannir RT France du paysage audiovisuel, l’américain Twitter a voulu mettre son grain de sel et ajouter une mention indélébile sur les comptes personnels de plusieurs journalistes français…

Vous le savez, l’UE s’est rendue coupable d’une censure jamais vue jusqu’alors en interdisant la diffusion de RT France (Russia Today France), coupable de colporter la propagande de Moscou. Certes, la chaîne ne s’est jamais cachée d’être subventionné par l’État russe et on y entend pas le même son de cloche qu’ailleurs en ce qui concerne la guerre en Ukraine

La censure était-elle la solution ? Jamais. N’en déplaise à nos élites qui ne cessent de nous infantiliser, nous sommes assez « grands » pour analyser l’information et nous faire une opinion.

Ceux qui applaudissent cette censure, et qui étaient sans doute « Charlie » lorsque cela était à la mode, oublient un peu vite que la liberté d’expression ne compte pas que quand elle va dans leur sens.

censure twitter

Un « fichage » des journalistes

Mais plus encore que de mettre potentiellement au chômage les travailleurs de RT France, Twitter ajoute sa petite couche en ajoutant une mention indélébile sous les profils des journalistes ayant travaillé de près ou de loin avec la chaîne : « Média affilié à un État, Russie. »

Bastien, un journaliste ayant collaboré avec RT France par le passé, témoigne :

« J’ai reçu cet étiquetage fin février alors que j’ai retweeté des posts qui ne défendaient pas la guerre en Ukraine. Et contrairement à ce que dit Twitter, il est impossible de contester cette estampille… J’ai tagué Twitter et Twitter France, des syndicats de journalistes ont également interpellé la plate-forme mais celle-ci ne justifie pas cette action, ni ne répond. »

Effectivement comme on peut le voir sur la capture d’écran ci-dessous, l’e-mail renseigné pour porter une réclamation envoie une réponse automatique.

censure twitter

Le SNJ interpelle Twitter… sans succès.

Plus fort, le Syndicat National des Journalistes, qu’on ne peut pas accuser d’être un organe du Kremlin, s’est ému de cette situation. Selon le SNJ, cette mesure contribue à désigner les journalistes à « la vindicte populaire ». Et c’est bien sûr le cas sur un réseau social particulièrement violent. Bastien a déjà reçu des menaces de mort alors même qu’il travaille ou a travaillé pour d’autres médias plus « traditionnels ». Maintenant pour trouver du travail, il faudra s’expliquer de cette mention sur Twitter qui est devenu un média incontournable dans notre métier. Pour l’instant Twitter ne répond toujours pas aux journalistes marqués de la sorte.

Alors bien sûr, la Russie de Poutine s’est déshonorée en envahissant un pays voisin, mais a-t-on vu des mentions « Média affilié à un État, Qatar » ou « Média affilié à un État, France » pour les journalistes d’Al Jazeera ou de France 24 ? Twitter décide qui sont les méchants. Un jour, ce sera vous.

D’ailleurs le réseau social est lunaire quand il se justifie :

« Les médias affiliés à un État sont définis comme des médias dont le contenu éditorial est contrôlé par cet État par l’intermédiaire de ressources financières, de pressions politiques directes ou indirectes et/ou d’un contrôle sur la production et la distribution.

Les organisations de médias financées par un État et dotées d’une indépendance éditoriale, comme la BBC au Royaume‑Uni ou NPR aux États‑Unis, ne sont pas définies comme des médias affiliés à un État aux fins de cette politique. »

Sans commentaire.

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