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FaceApp : prenez garde au filtre à selfie pour se voir vieux

L'application russe ultra-populaire permet de se voir avec 60 ans de plus, grâce à un filtre photo. Un amusement qui n'est pas sans risque.

FaceApp, ou l’application que tout le monde s’arrache en ce moment. Les célébrités en raffolent, les anonymes aussi, et les politiques la craignent. Le principe est très simple. FaceApp propose de nombreux filtres photos pour modifier son visage. Vous pouvez vous amuser par exemple à rajouter un sourire à quelqu’un (certains jouaient à redonner le smile à des vieilles peintures), mais le filtre star, c’est bien le vieillissement. Il suffit de prendre une photo de soi ou de quelqu’un d’autre, et bim vous voilà 60 ans plus tard ! Le résultant est bluffant.

Brat Pitt FaceApp
Le résultat est plutôt convaincant, comme le prouve cette photo de ce bon Brad.

Pour offrir de telles performances, la société russe Wireless Lab OOO, créatrice et propriétaire de FaceApp, utilise le machine learning. Pour faire simple, les logiciels et intelligences artificielles de FaceApp s’améliorent à chaque photo postée et retouchée dans leur environnement cloud. Plus il y a de photos et de retouches effectuées, et plus les robots ont des éléments de comparaison, et meilleures seront les prochaines retouches, vous suivez ? C’est ce qu’on appelle « l’apprentissage automatique » ou machine learning.

Des conditions d’utilisation douteuses

De fait, certaines personnes ont commencé à s’interroger sur le devenir de leurs photos. Et c’est là que le bât blesse. Des usagers éclairés se sont penchés sur les conditions d’utilisation de FaceApp, après ce succès planétaire. Datées de 2017, elles sont introuvables depuis l’application et il faut investiguer un peu pour les dénicher. En voici les liens,  si vous voulez voir par vous-même : « politique de confidentialité » et « conditions d’utilisation ».

Après lecture, elles sont assez limpides : en important une photo et en appliquant un filtre via FaceApp pour le partager ensuite sur les réseaux sociaux ou par MMS, vous cédez sciemment à l’entreprise la possibilité de modifier, réutiliser, exploiter sans limitation aucune la photo retouchée.

Sur le papier, cela veut dire qu’une société russe peut utiliser comme bon lui semble votre visage pour faire tout et n’importe quoi : booster les résultats des logiciels de retouche, constituer des bases de données avec des visages, faire de la publicité pour FaceApp et afficher votre tête sur un panneau de 15m2 à Moscou.

Les risques sont réels

En plus des photos, FaceApp se réserve également le droit d’utiliser toute autre information disponible comme elle l’entend comme votre nom d’utilisateur, votre date de naissance, etc. L’effet Kiss Kool, si l’application est rachetée par une entreprise tiers à l’avenir, ce nouveau propriétaire aura les mêmes droits sur vos données.

Bien entendu, vous pouvez faire entendre votre voix pour réclamer la suppression des infos vous concernant. Il suffit de contacter le siège de FaceApp, à Saint-Pétersbourg… Une bonne occasion de travailler son russe. Selon nos confrères de TechCrunch, il existe une procédure pour demander à ce que vos données soient effacées. Evidemment, la manipulation est alambiquée : trouvez le formulaire « signaler un bogue » et mentionnez « privacy » dans le début de votre demande. Avec de la chance, votre demande sera traitée en 2032, les équipes de FaceApp étant bizarrement « surchargées » en ce moment, comme le précise TechCrunch.

Cerise sur le gâteau, FaceApp ne serait pas en conformité avec le règlement européen des données personnelles (le RGPD). De fait, les données des usagers européens ne seraient pas protégées en fonction des lois européennes…

Libre à vous de prendre autant de risques pour voir la tête que vous aurez en 2050.