Eye Tracking : quand vos yeux vous trahissent

Grâce à l’oculométrie, une technologie de suivi du mouvement oculaire, il est possible d’enregistrer un grand nombre d’informations à votre sujet.

La biométrie, cette technologie autrefois réservée aux films d’espionnage fait désormais partie de notre quotidien. Via les lecteurs d’empreintes digitales, la reconnaissance faciale et les scanners rétiniens, notre corps remplace, doucement mais sûrement, les traditionnels mots de passe et codes à chiffres. Parmi les technologies biométriques à la mode, on trouve l’Eye tracking, aussi appelée oculométrie en français.

Cela consiste à étudier le mouvement des yeux pour étudier des comportements. Cette méthode est utilisée dans de nombreux domaines, à commencer par la recherche médicale bien entendu, mais également le marketing, la réalité virtuelle ou l’ergonomie web. Outre son utilité dans ses différents domaines, l’Eye tracking est aussi une source d’informations insoupçonnée, comme l’explique un article publié dans un essai universitaire baptisé Privacy et Identity Management.

Vos yeux abritent une multitude d’informations

En effet, l’oculométrie « contient des informations sur l’identité biométrique de l’utilisateur, son genre, son âge, son appartenance ethnique, son poids, ses traits de personnalité, ses habitudes de consommation de drogues, son état émotionnel, ses aptitudes, ses peurs, ses intérêts et préférences sexuelles », précise l’article. En outre, l’Eye tracking permet également de détecter des comportements associés aux troubles cognitifs, comme le trouble du spectre de l’autisme, le trouble du déficit de l’attention, l’hyperactivité, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), ou encore les maladies de Parkinson et d’Alzheimer. L’oculométrie enregistre de nombreuses données sur votre œil :

  • Des données sur l’ouverture et la fermeture de l’œil : durée de clignement des yeux, fréquence
  • Des données sur le mouvement : la durée maximum pendant laquelle vous pouvez fixer un objet, les saccades, la vitesse et l’accélération des mouvements des yeux
  • Des données sur les pupilles : taille des pupilles, réactivité
  • Des données sur votre iris : la couleur des yeux, la texture
  • Des données sur vos expressions faciales : mouvements des sourcils, couleur de peau, forme des yeux, formes des rides
oculometrie
Crédits : Jacob Leon Kröger, Otto Hans-Martin Lutz, Florian Müller

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Grâce à l’ensemble de ces données, il serait possible d’en déduire un nombre assez effrayant d’informations personnelles sur le sujet de l’expérience, en lien sur l’âge, le genre, les traits de la personnalité, vos processus cognitifs (votre manière de raisonner par exemple), la qualité de votre sommeil, votre bagage culturel ou encore votre état de santé actuel (douleurs chroniques, problèmes oculaires, obésité, etc.).

Certaines caractéristiques du regard sont uniques pour chaque personne, et elles permettent donc de vous identifier avec autant de précision qu’une empreinte digitale. Vous l’aurez compris, tout dispositif capable d’observer attentivement vos yeux peut apprendre une quantité déconcertante d’informations sur vous. Et si vous pouvez choisir quoi regarder dans une certaine mesure, il y a des données que vous ne pouvez vous empêcher de donner.

L’oculométrie par les entreprises : un danger potentiel pour la vie privée

Les auteurs de l’article précisent que leur article porte uniquement sur les recherches accessibles au public : « on peut raisonnablement supposer que certaines entreprises ayant accès aux données de suivi oculaire des appareils grand public (par exemple les fabricants d’appareils, les fournisseurs d’écosystème) possèdent des ensembles plus importants de données de formation, une plus grande expertise technique et davantage de ressources financières que les chercheurs cités dans cet article ». 

Ils poursuivent : « Facebook, par exemple, pionnier de la réalité virtuelle et de la technologie de suivi oculaire, est également l’une des entreprises les plus riches et les plus rentables au monde, avec un budget de plusieurs milliards de dollars pour la recherche et le développement et une base d’utilisateurs de plus de 2,3 milliards de personnes ».  Sachant cela, on peut s’inquiéter des éventuelles dérives si des entreprises venaient à utiliser l’oculométrie pour obtenir davantage d’informations sur nous.

Il faut dire que l’oculométrie offre aux entreprises des possibilités folles pour vous cibler, non seulement avec les bons produits, mais aussi avec les bonnes approches, les bons mots, les bons messages, et le bon moment pour vous rendre réceptif le plus possible. Si l’oculométrie venait à se démocratiser, les gouvernements devront imposer des garde-fous et des réglementations fortes, comme le suggèrent les auteurs de cette étude.

Source : NewAtlas