Espionnage, rendement, vie privée… Les télétravailleurs soumis à une surveillance asphyxiante

Une étude révèle la généralisation de la surveillance des patrons sur le télétravail de leurs employés. Mais ces derniers se rebiffent.

La crise du Covid a eu de très nombreux effets dévastateurs sur le monde du travail à travers le globe. Perte d’emploi, fermeture d’entreprises, un secteur du tourisme au point mort pendant de longs mois… Certaines sociétés ne s’en sont pas relevées. D’un autre côté, ce cataclysme viral a été également l’accélérateur d’un mode de fonctionnement qui avait jusque-là un peu de mal, en tout cas en France, à se démocratiser : le télétravail. Les patrons se sont adaptés à une situation qui permettait à leur entreprise de continuer de tourner en laissant la possibilité à ceux qui travaillent sur des ordinateurs de le faire de chez eux. Les employés y voyaient alors comme un début de liberté sur leurs façons de fonctionner, mais la réalité n’est pas aussi ouverte à l’autonomie que l’on pourrait croire, si l’on en croit les résultats d’une étude.

Big Bosseur is watching you !

Cette enquête n’est pas à prendre à la légère car elle est d’envergure. Menée par le cabinet de recherche Vanson Bourne pour le compte de VMware, elle a permis d’interroger entre juillet et août 2021 plus de 7600 dirigeants/responsables RH/employés de très nombreux secteurs d’activités. L’étude ne concernait néanmoins que les entreprises d’au moins 500 employés sur les territoires de 20 des plus grandes puissances mondiales, de la Chine aux États-Unis en passant par le Royaume Uni ou la France. C’est bien sûr sur le cas de notre cher Hexagone que nous allons nous pencher en particulier.

Nous apprenons donc ici que 22% des entreprises françaises interrogées ont déjà mis en place des outils pour surveiller à distance le travail de leurs employés. Dans le même temps, 40% prévoyaient elles aussi de le faire. Parmi ces systèmes de surveillance mis en place ou envisagés, nous trouvons les logiciels de surveillance de messages électroniques (37%), de navigation sur Internet (36%) et des outils de collaboration (45%). Plus dérangeant en ce qui concerne l’intrusion dans la vie privée, on constate la présence de systèmes de vidéosurveillance (24%), des webcams avec suivi du regard (25%) et des logiciels qui enregistrent les frappes sur les touches des claviers (20%). Devant un tel déploiement de surveillance, comment réagissent les Français ?

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Télé-byebye !

Pour mesurer le travail effectué, il a suffi très longtemps aux patrons de se baser sur le présentiel dans les locaux de l’entreprise. Mais les choses ont changé avec le télétravail, et 76% des salariés interrogés reconnaissent aujourd’hui que leurs employeurs se focalisent d’avantage sur leurs performances. D’où les systèmes mis en place pour les surveiller. Sauf que le travailleur français n’est pas si enclin à accepter la chose comme le montre une autre statistique. Dans 48% des entreprises tricolores utilisant des systèmes de surveillances, le taux de départ est aujourd’hui « plus élevé », et « nettement plus élevé » dans  45% d’entre elles. On peut donc voir que trop de vigilance peut avoir vite fait de faire détaler les employés qui y voient trop de méfiance.

Sur la forme prise par ces surveillances, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a, dès septembre 2021, prévenu que certains systèmes n’étaient pas compatibles avec le respect des droits et des libertés des employés.

En tout état de cause, comme le rappelle notamment les juridictions sociales et le code du travail, si l’employeur peut contrôler l’activité de ses salariés, il ne peut les placer sous surveillance permanente, sauf dans des cas exceptionnels dûment justifiés au regard de la nature de la tâche.

La CNIL certifie d’ailleurs que « la surveillance constante au moyen de dispositifs vidéo (tels qu’une webcam) ou audio » ou « le partage permanent de l’écran et/ou l’utilisation de « keyloggers » ne sont justement pas compatibles avec la juridiction française ».

Ceci devrait donc nous tenir éloignés (jusqu’à quand ?) de ce qui se fait déjà aux États-Unis où la reconnaissance faciale est parfois utilisée pour analyser la direction de votre regard et ainsi être sûr que vous vous trouvez bien devant votre écran.

De quoi se donner envie de se crever les yeux !

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