Revenge porn, Deepfake… quand le sexe rendu public ravage les vies privées

Quand la sphère privée d’une relation sexuelle se retrouve, sans le consentement d’un des partis engagés, sur le devant de la scène internet, les conséquences sont terribles.

Il fut un temps où le porno n’avait pas pignon sur clic. En 1995, la sextape mettant en scène les ébats sexuels de Pamela Anderson et Tommy Lee fit les gros titres de la presse. Les plus fervents admirateurs de la naïade d’Alerte à Malibu et du batteur du groupe Mötley Crüe se jetaient alors sur les VHS pirates qui apparurent sur le marché. Un précédent qui en appela d’autres mettant en scène Paris Hilton ou Kim Kardashian par exemple. Des fuites de vidéos privées qui ne touchaient alors que des célébrités qui en étaient parfois même secrètement les instigatrices. « Il n’y a pas de mauvaises publicités », comme dit l’adage. Sauf que ça tombe parfois sur monsieur ou madame Tout-le-monde qui voit sa vie détruite en quelques jours à cause du revenge porn ou d’un deepfake un peu trop réussi.

Revenge porn : quand la vidéo fait débat

Se filmer en plein ébats sexuels n’est pas rare et de nombreux couples sont coutumiers de la pratique. Là où le bât blesse, c’est quand la vidéo se retrouve sur un site à caractère pornographique et qu’elle est rendue publique. Il faut dire que les plateformes en question ne sont pas non plus très regardantes sur l’origine des vidéos que l’on peut y partager. Ces moments privés peuvent également être envoyés par e-mail ou autre. Le but étant surtout d’humilier un des deux partis présents sur la séquence. Il faut bien le dire, dans ce genre de situation, c’est plus souvent un homme qui se venge d’une femme que du contraire.

Cette pratique peut aussi détruire des personnages publics. On se souvient de l’affaire Benjamin Griveaux. L’homme politique candidat de La République en Marche pour la mairie de Paris s’était retrouvé dos au mur après la divulgation d’une vidéo intime. Dans l’œil du cyclone médiatique, il avait finalement retiré sa candidature et vu sa carrière mise en pause. Ces dernières années, les plaintes déposées à la suite de la diffusion d’images à caractère sexuel sans le consentement n’ont fait qu’augmenter. On comptait 2 564 procédures en France en 2018 contre 2 839 en 2019, soit une hausse de plus de 10%. Le phénomène se répand également chez les plus jeunes et peut parfois avoir des conséquences terribles pour des lycéens qui se retrouvent exposés aux yeux parfois d’établissement entier. C’est comme ça que l’on a vu apparaître de nombreux cas de chantage à la webcam. Un lourd travail psychologique doit être fait derrière et nombre d’adolescents n’ont d’autres choix que de changer de lycée pour ne pas subir cet autre visage du cyber-harcèlement. Ce crime est pourtant inscrit au code pénal depuis 2016 et les coupables encourent jusqu’à 2 ans de prison et 60 000 euros d’amende.

Deepfake : à en perdre la tête

De nombreuses applications vous permettent de vous prendre en photo et de coller votre visage sur celui de célébrités dans des films. Quel joie de se voir en Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes ou en Wolverine dans X-men ! Le problème de cette technologie connue sous le nom de Deepfake, c’est quand les dérives collent votre visage sur ceux d’acteurs et d’actrices pornographiques. Le phénomène touche en particulier les comédiennes les plus connues, de Gal Gadot à Natalie Portman en passant par Scarlett Johansson, qui se retrouvent dans des positions dans lesquelles nous n’avons pas l’habitude de les voir au cinéma. Le problème des deepfakes, c’est que la technologie les a rendus aujourd’hui très simple à faire. Dernièrement le site MIT Technology Review a publié un article concernant un site Internet permettant de faire des deepfakes en quelques clics. Là aussi, même s’il est souvent souvent évident que les vidéos proposées sont fausses, les victimes sont toujours très marquées par l’expérience. Rien n’empêche en plus les criminels de se servir du visage de mineures. Et bien sûr 90% de ces deepfakes mettent en scène des femmes. Comme le revenge porn, la diffusion de montages pornographique sans consentement est punie par loi, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende.