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[Décryptage] Des robots androïdes sous Android ?

Par Barbara Prose

Malgré ses ambitions fortes en matière d’innovation, Google n’a pas forcément prévu que son OS soit un jour intégré dans des robots domestiques. Pourtant, depuis peu, Android fait de l’oeil aux roboticiens. Eclairage.

En matière de robotique, il est nécessaire de faire la distinction entre les robots « travailleurs », qui exécutent des tâches industrielles de ceux qui sont destinés à communiquer avec les humains. Les premiers existent depuis bien longtemps, ils s’affinent de jour en jour et ont déjà opéré leur révolution, qu’il s’agisse de santé, d’industrie et toutes tâches d’ultra-précision impossibles à accomplir pour des humains.

Les seconds arrivent progressivement et en dépit du fantasme moderne d’une société envahie par des robots plus intelligents que nous, ils ne sont encore ni très intelligents, ni très accessibles au grand public. Les développeurs leur apprennent à apprendre seuls avec le machine-learning. Ils leur inculquent également les routines humaines avec le deep learning, soit la collecte et le traitement de données dans le Cloud pour créer de l’information à valeur ajoutée.

Mais ces intelligences artificielles se passent de faciès humanoïdes et de matérialisation physique. Nous les transportons d’ailleurs déjà avec nous puisque nous avons déjà des assistants vocaux ou à reconnaissance vocale dans nos téléphones : Siri (Apple), Google Now ou Cortana (Microsoft).

 

Airwick ?! Non c'est Google Home, l'intelligence connectée à la maison

 

Alors, pourquoi voit-on arriver des robots domestiques sur le marché, si nos smartphones embarquent déjà des technologies d’assistance suffisantes ? Pourquoi Buddy, de Blue Frog Robotics ? Pourquoi Zenbo, de Asus ? Pourquoi Pepper, par SoftBank Robotics ? Ces robots « majordomes » ont déjà des équivalents avec Amazon Echo ou avec le futur Google Home. Mais le capital sympathie de ces objets connectés reste limité. Notamment pour les enfants et les personnes âgées et, de manière générale, toute la population qui n’est pas forcément technophile.

Ceci ajouté au précepte de l’informatique moderne selon lequel le consommateur doit tomber « amoureux » de la technologie (tel Joaquin Phoenix dans le film « Her » de Spike Jonze). Et on comprends pourquoi on veut désormais nous faire adopter les robots-compagnons. Quelque soit notre âge, et à tous niveaux de connaissances techniques. C’est pour cette raison que certains roboticiens ont choisi Android pour les interfaces de communication de leurs robots.

 

 

Linux, plus célèbre qu’Android chez les robots

 

 

Frank Anjeaux, cofondateur de la start-up Axyn Robotique a conçu avec son équipe basée à Aix-en-Provence un robot de téléprésence nommé Ubbo et destiné aux personnes à mobilité réduite. Ce robot se veut une fenêtre sur le monde pour ces personnes qui ne sont pas technophiles à la base. L’interface d’Ubbo a été développée sous Android, ce qui comporte quelques contraintes selon lui : « Android a d’abord été conçu pour répondre à des besoins d’IHM (interface homme-machine). Les programmes des robots doivent être capables de contrôler la mécatronique du robot (les moteurs, les capteurs). L’architecture d’Android n’est pas à ce jour orientée vers ce type d’usage. » Malgré tout, Frank reconnaît à Android son intérêt pour le développement, car selon lui : « tout est fait au niveau d’Android pour faciliter la tâche du développeur. » C’est notamment pour cela qu’Axyn Robotique a choisi d’utiliser une tablette sous Android embarquée sur le robot. Elle dispose d’un écran (tactile), d’un micro, d’un haut-parleur, de connectivité wi-fi et bluetooth et c’est un environnement ouvert et adapté à la programmation.

 

L’Open Source, moyen de survie des roboticiens

 

« Si Android n’est pas aujourd’hui bien adapté à la robotique, il est tout à fait possible que Google fasse le nécessaire pour qu’il le soit. Android est en effet basé sur Linux. Mais c’est une question stratégique d’investir ou non dans le développement en ce sens. » ajoute Frank Anjeaux. En robotique, dans les drones, et dans de nombreux objets connectés, l’OS le plus souvent employé est Linux sur le noyau duquel est basé Android.

Softbank Robotics s’est posé la même question d’utiliser ou non Android, avec le robot Pepper, lui aussi porteur d’une tablette contenant l’OS mobile de Google. Depuis mai dernier, la société propose le SDK (kit de développement) de Pepper sous Android à tous ceux qui souhaitent apporter leur pierre à l’édifice et concevoir des applications pour lui. La société dirigée par Masayoshi Son avait au début préféré un OS fermé pour son robot. Mais elle a bien vite compris que pour assurer la valeur commerciale de ce dernier, il valait mieux limiter l’utilisation de l’OS Naoqi Operating System à la seule programmation des mouvements. Pour le contact avec le client, tout se fait via la tablette Android.

 

Pepper le robot humanoïde est doté d'une tablette Android... évidemment.

 

C’est aussi le cas pour Buddy, le robot-compagnon de la société française Blue Frog Robotics, fondée par Rodolphe Hasselvander (ancien directeur du CRIIF, le centre de robotique intégrée d’Ile-de-France). Mais le travail de développement de Buddy sous Android a été plus qu’un intérêt, il a été une priorité selon lui : « Nous avons bossé un an et demi pour que tout dans Buddy soit compatible Android. On veut sortir de la bidouille pour roboticien. Ce n’est pas juste une passerelle. Et nous avons une importante communauté de développeurs fédérée autour de lui. ». C’est donc en passant par Android, et en adoptant la philosophie Open Source de Linux que la démocratisation des robots-compagnons se fera. Pour abaisser les coûts, diversifier les usages et transmettre des savoirs, l’un des piliers de cette communauté du “libre”. Car la valeur ajoutée de ces robots face à un assistant vocal ou un objet connecté, c’est cette capacité qu’il a, en toile de fond, de devenir un élément à part entière de la maison, le tout sans leur donner l’impression aux utilisateurs d’avoir à manipuler de la technologie.

 

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Auteur : Barbara Prose