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Cybersécurité et 4G : L’État veut bouter Huawei hors de France

Huawei menace-t-il la sécurité nationale ? En étant le principal équipementier d'infrastructures télécoms "4G" en France et en Europe, le groupe chinois inquièterait les autorités. Un projet de loi pourrait limiter son accès au marché français... voire l'interdire.
Avant d’être un fabricant de smartphones et de tablettes, Huawei est surtout un spécialiste des infrastructures réseau. Le segment des équipements pour opérateurs constitue d’ailleurs sa principale source de revenus avec 160,1 milliards de yuans en 2012 (19,8 milliards d’euros sur 27,3 milliards d’euros de CA).

SFR et Bouygues Telecom l’ont par exemple choisi pour contribuer à la mise en place de leur couverture 4G en France. Et dans d’autres pays d’Europe, le géant chinois gagne marché sur marché, au point d’inquiéter les autorités. Huawei vient par exemple d’annoncer sa coopération avec les opérateurs Italien Wind et Monaco Telecom. En Italie, Wind prévoit de dépenser pas moins d’un milliard d’euros au cours des cinq prochaines années pour bâtir son réseau mobile à très haut débit avec Huawei. Et dès septembre, la Principauté monégasque commencera à développer son réseau 4G avec la société chinoise. La zone EMEA (Europe-Moyen Orient-Afrique) est ainsi devenue le premier marché mondial pour Huawei  (devant la Chine).

Une question de sécurité nationale

Le gouvernement français voit ainsi d’un mauvais œil cette entrée massive de Huawei sur un marché sensible. La boite à fantasme tourne rapidement dès lors qu’on associe « Chine » et « Réseau Télécom » : espionnage, sabotage, cyberattaques, dépendance technologique… Du coup, la France (comme d’autres en Europe) envisage de déposer une loi visant à contrecarrer les ambitions de Huawei (et d’autres groupes chinois comme LTE) sur le territoire hexagonal. C’est en durcissant les conditions d’accès au marché des télécoms au nom de la cybersécurité que le projet de loi du gouvernement pourrait limiter la compétitivité de Huawei et LTE.

Ou simple protectionnisme économique ?

Du coup, cela remettrait Alcatel Lucent sur les rails, lui qui souffre, en France comme ailleurs, de la puissance de frappe de ses concurrents chinois. Orange (l’État français est actionnaire à hauteur de 27%) s’était d’ailleurs montré « patriotique » en choisissant Alcatel Lucent  (et Ericsson) en 2012 pour développer son réseau 4G… alors que le groupe avait choisi Huawei dans de nombreux autres pays.

Les mesures « Anti Huawei » en Europe et dans le monde

Le commissaire européen Karel de Gucht souhaiterait une hausse des tarifs des équipementiers chinois et que des mesures communautaires viennent freiner la conquête de Huawei et LTE au détriment d’entreprises européennes.
En Allemagne, les sociétés chinoises sont déjà exclues des appels d’offres concernant les réseaux universitaires.
Chez nos amis Anglais, Huawei a du faire certifier la cybersécurité de son réseau pour pouvoir être autorisé à développer son offre et la société a même du donné accès au code source de ses programmes aux services secrets !
Aux États-Unis, les mesures de protection sont plus radicales (ou moins hypocrites, c’est selon) : les réseaux chinois sont tout simplement interdits sur le sol américain, au nom de la sécurité nationale.

Rappelons que Alcatel Lucent est une société franco-américaine et que le gouvernement français semble être séduit par une juridiction plus musclée, à l’image de ce qui se fait outre-Atlantique. De là à, lui aussi, interdire son marché aux équipementiers chinois ?