Cancer, fertilité, surdité… les téléphones sont-ils vraiment dangereux pour la santé ?

« Mets des écouteurs quand tu es en appel », « Ne garde pas ton téléphone dans ta poche », « Mets moins fort la musique ». Tous ces bons conseils sont généralement prodigués par des adultes qui tentent de protéger leurs enfants d’éventuels « maladies numériques ». Mais les téléphones sont-ils si dangereux que cela ?

Edit du 19 septembre 2021 : Suite à la publication de cet article le 14 septembre 2021, nous avons été contactés dans les commentaires et sur Twitter par le docteur Marc Arazi, responsable de l’association Phonegate Alert et opposant à la 5G. Notre article serait selon lui bourré de fake news et il nous a demandé avec énergie de le corriger.

Nous vous invitons à lire d’abord notre article ci-dessous. Notez que ce dernier n’a pas été modifié malgré les pressions.

Le Dr Arazi se plaint principalement de la phrase de notre journaliste « De manière générale, on n’observe pas une augmentation des cas de cancer du cerveau sur les trente dernières années« , car elle ne correspond pas, selon lui, aux chiffres d’une étude de Santé Publique France publiée en septembre 2019.

Il arrive que nous nous trompions et lorsque nous sommes mis devant nos erreurs, nous corrigeons illico. Or ici, nous ne sommes pas vraiment d’accord avec ce qu’avance le Docteur Arazi qui s’emporte de plus belle au fil des échanges sur Twitter. Quand il parle d’augmentation du cancer du cerveau, il parle d’un type particulier, le glioblastome.

Effectivement, l’étude montre que depuis 1990, les cas ont été multipliés par 4 ! Un scandale sanitaire selon lui. Or à la page 321 de cette étude, Santé Publique France explique que : « l’évolution importante de l’incidence des glioblastomes confirmés peut s’expliquer en partie par l’évolution des pratiques médicales, avec l’amélioration de l’accès à l’imagerie (scanner puis IRM) et la réalisation de biopsie et/ou d’exérèse chirurgicale plus fréquente« .

En bref, si on a 4 fois plus de cas c’est en partie parce que l’IRM s’est généralisée et qu’on arrive à faire des biopsies dans le cerveau plus facilement et avec un diagnostic sûr. S’il y a plus de glioblastomes, c’est peut-être qu’on ne savait pas bien regarder ou qu’on ne regardait pas bien. Nous parlons ici d’une période de 30 ans. En médecine, c’est une éternité.

On note aussi page 315, qu’au niveau de la répartition dans les cas de cancer du cerveau, la part du glioblastome augmente. Ce qui peut signifier qu’on identifie mieux ce type de cancer. À la page suivante, l’étude explique que : « le risque d’être atteint de ce cancer entre 0 et 74 ans augmente légèrement chez l’homme et chez la femme selon la cohorte de naissance, passant respectivement pour les cohortes nées en 1920 et celles nées en 1950 de 0,1 % à 0,5 % chez l’homme et de 0,1 % à 0,3 % chez la femme. »

Nous voilà rassurés et l’assertion « De manière générale, on n’observe pas une augmentation des cas de cancer du cerveau sur les trente dernières années » n’est donc pas une « fake news » comme le dit le Dr Arazi.

Le docteur nous montre alors un passage qui pointe du doigt la supposée incidence des champs électromagnétiques. Mais dans le même passage, l’étude parle aussi de l’impact des pesticides et de la radiothérapie cérébrale pour expliquer l’augmentation de ce type de cancer.

Autre détail qui nous chagrine : qui avait un téléphone portable en 1990 ? Car les cas augmentent déjà entre 90 et 95. Dans l’étude de 372 pages, jamais les mots smartphones ou téléphones ne sont cités.

L’idée n’est pas de dire que les smartphones sont sans conséquence sur notre santé, mais il est absurde de dire le contraire en se basant sur cette étude seule, n’en déplaise au Docteur Arazi.

Il menace sur Twitter : « Nous allons […] saisir les autorités compétentes pour vous demander de rectifier votre article et nous verrons si vous continuez à tenir ce discours. »

Il faut dire qu’il est habitué à ce genre de vociférations puisqu’il a déjà eu Le Monde, 01Net ou le Dr Cymès dans son collimateur. Il s’est peut-être dit qu’il pourrait plus facilement nous impressionner. C’est raté.

 

L’article publié le 14 septembre 2021 :

En juillet 2019, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail publiait une étude au titre évocateur « Téléphones mobiles portés près du corps ». Dans ce rapport de 128 pages, l’Anses apporte des éclaircies, mais met également en lumière quelques zones d’ombre et d’incertitude encore existantes.

Est-ce mauvais de garder son téléphone collé à l’oreille trop longtemps ?

La DAS (Débit d’absorption spécifique) est une mesure permettant d’identifier la quantité d’onde onde radio absorbée par une personne utilisant un appareil radioélectrique comme un téléphone. En Europe, la limite d’exposition a été fixée à 2 W.kg. Pour tous les téléphones ayant été conçus après 2016, cette règle est respectée. En revanche, pour les plus anciens téléphones, certains ne sont pas forcément aux normes. Dans les cas les plus extrêmes, vous pouvez être exposé à 7 W.kg. Si par hasard vous avez gardé la notice de votre téléphone, jetez-y un œil. Elle vous informera de la distance minimum (s’il y en a une) à mettre entre votre peau et votre téléphone pour ne pas dépasser ces 2 W.kg. Si votre téléphone est à la norme, il n’y a pas de danger connu à ce jour.

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Et les risques de cancer du cerveau ?

Publiée en 2010, l’étude « Interphone » a mis en lumière une augmentation de 40% du risque d’avoir un cancer du cerveau pour les 10% des personnes les plus exposées aux ondes de leur téléphone. Mais ces chiffres n’ont jamais été prouvés et donc vérifiés. De manière générale, on n’observe pas une augmentation des cas de cancer du cerveau sur les trente dernières années. L’émission d’ondes par les téléphones serait trop faible. Peut-être faudra-t-il encore un peu pour voir une évolution mais pour le moment, rien n’indique qu’il y a danger. Dans le doute, l’OMS a tout de même classé les téléphones portables comme « potentiellement cancérigènes ». C’est d’ailleurs ce manque de recul qui laisse à penser que mieux vaut éloigner les jeunes enfants de ces nouveau outils, leur cerveau commençant tout juste à se former.

Vous trouverez les chiffres qui vous intéressent dans la déclaration de conformité de votre appareil…

Vaut-il mieux utiliser des écouteurs quand on écoute de la musique ?

Les écouteurs ne peuvent pas être qualifiés de nuisibles pour notre santé. Cependant, si une utilisation raisonnable n’est pas dangereuse, un usage abusif des écouteurs peut le devenir. En se surexposant à du son sans faire de pause, on augmente le risque d’avoir des problèmes d’audition. Logique puisque l’écouteur rentre dans notre oreille et se trouve ainsi plus proche du tympan. Difficile donc de dire que c’est vraiment « mieux » d’utiliser des écouteurs. Ce qu’on sait aussi, c’est que mettre le son trop fort et les écouter longtemps peut être source de soucis. Nos oreilles ont besoin de repos. Pour la puissance du son, l’OMS recommande de ne pas dépasser 60% du volume maximal. En réalité, il faut surtout faire appel à son bon sens pour définir si le son est trop élevé.

Les AirPods plus mauvais pour la santé que les écouteurs filaires ?

Difficile de parler de danger puisqu’aucune étude n’a prouvé que l’exposition aux ondes électromagnétiques émises par les téléphones n’augmentaient les risques de cancer. Du fait de leur fonctionnement en Bluetooth, les écouteurs sans fils, comme les AirPods, émettent plus d’ondes radio. En termes de santé, des écouteurs filaires sont peut-être une meilleure option mais la différence n’est pas suffisamment flagrante pour que l’on puisse conseiller de changer à tout prix. A noter qu’en 2019, 250 médecins ont envoyé une pétition aux Nations Unies pour dénoncer les conséquences cancérigènes des AirPods. Sans preuves suffisantes pour faire vaciller le nouveau produit.

Avoir son téléphone dans sa poche fait baisser la fertilité chez les hommes

Là aussi, on manque encore de preuves pour répondre avec certitude. Néanmoins, il est vrai que remettre son téléphone dans sa poche quand il est chaud peut augmenter la température des testicules. Or, les spermatozoïdes, pour se développer, ont besoin d’un environnement dont la température n’excède pas 34°C. Un téléphone chaud pouvant faire monter la température jusqu’à 37°C, on vous conseille de plutôt le poser sur une table après un long appel.

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