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Achats in-app : Trouvez-moi le responsable !

Un enfant dépense 50€ en achats in-app à l’insu de ses parents. À qui la faute ? Pas celle de l’enfant en tout cas.

Des parents téléchargent un jeu pour leur enfant, il laissent la tablette dans ses mains pendant quelques heures, ils découvrent plus tard que plusieurs dizaines (voire centaines) d’euros ont été débités de leur compte en banque.

Cette histoire, on la connaît tous, pour en avoir déjà lu des dizaines de fois sur le web ou, qui sait, pour l’avoir vécu. On a pu en découvrir une nouvelle version hier avec un enfant de 5 ans qui aurait dépensé 65,95$ (47,60€) en achats-in-app dans le jeu Marvel Run Jump Smash que nous avions déjà présenté sur le site. Cette fois pourtant, il y a du nouveau, car sa mère a pris la décision d’engager un procès contre Google à ce propos, ce qui nous donne l’opportunité de jouer à la fois au juge, à l’avocat et au procureur, et de donner notre verdict avant l’heure sur cette affaire.

Alors, à qui la faute ?

Google

A écouter les accusations de la mère, Google serait le responsable. Si le Play Store demande en effet un mot de passe avant chaque achat in-app (ce qui devrait suffire à empêcher ce genre de situations), il ne le fait que si ce mot de passe n’a pas été entré dans la demi-heure précédente. Si vous achetez deux achats in-app à la suite, il ne vous demandera donc pas le mot de passe une deuxième fois. Cela semble plutôt bien pensé, mais il y a un effet pervers : Supposons que la maman achète un jeu sur le PlaysStore (et donc entre son mot de passe), l’enfant aura alors une demi-heure entière pour acheter tout ce qu’il veut depuis l’appli. D’ailleurs, il pourra aussi pendant cette demi-heure acheter sur le Play Store toutes les applications qu’il désire. C’est précisément ce qui s’est passé, et précisément sur ce point que Google est attaqué.

Une protection insuffisante

Nous avons fouillé les paramètres du Play Store et n’avons trouvé aucun moyen de supprimer cette fenêtre d’achats. Il est bien proposé de « Limiter les achats à l’aide d’un mot de passe» en cochant la case correspondante, mais celle-ci était d’ores et déjà cochée lors de nos tests. La décocher reviendrait simplement à ne plus jamais avoir à entrer le mot de passe (à ne surtout pas faire).

Nous avons alors cherché un moyen alternatif de désactiver cette fenêtre, mais même vider le cache du Play Store après achat ou éteindre et rallumer son appareil ne fait pas l’affaire. On ne peut qu’attendre.

Notre maman tient donc ici un bon angle d’accusation, et si on ne peut en vouloir à Google de faciliter la vie de ses utilisateurs en ne leur demandant pas leur mot de passe toutes les cinq minutes, on pourra lui reprocher en revanche de ne pas permettre de désactiver cette fenêtre.

[MAJ 14/03/14] Suite à cette affaire, Google a mis à jour le Play Store, de manière à supprimer cette fenêtre de 30min sur demande.

Les parents

D’accord, il y a une faille dans le système de protection par mot de passe de Google. Mais est-ce que les parents ne seraient pas à blâmer eux aussi ? Revenons un peu en arrière : est-ce que nos parents à nous, enfants des années 80, attaquaient les entreprises en procès lorsque nous passions dans leur dos des coups de fil à des numéros payants ou traînions sur le Minitel ? D’ailleurs, ça n’arrivait pas si souvent. On l’a peut-être fait une fois ou deux, et puis une belle engueulade nous a dissuadé de recommencer.

Ce qu'aucun parent n'aimerait trouver sur sa boîte mail

Le fait que les technologies permettent aujourd’hui un meilleur contrôle parental ne signifie pas que les enfants doivent être dispensés d’un vrai contrôle parental. Avant de mettre un petit enfant devant une émission de TV, on s’assure qu’elle ne contienne pas de scènes violentes ou sexuelles qui pourraient le choquer ? Eh bien avant de lui mettre une appli dans les mains, on s’assure qu’elle ne contienne pas de scènes violentes ou sexuelles, NI d’achats in-app. Et si elle en contient, on a une discussion avec l’enfant et on lui dit : « C’est pas bien, tu ne dois pas faire ça », et s’il le fait plus d’une fois malgré nos réprimandes, c’est peut-être qu’on a un petit problème d’autorité, de crédibilité ou tout simplement de présence.

Les développeurs

N’oublions tout de même pas que l’embarrassante situation de l’enfant qui vide le compte en banque de ses parents pour des achats-in-app n’arriverait pas sans la présence d’achats-in-app. Alors, est-ce que les développeurs de ces applis n’auraient pas aussi leur part de responsabilité ?

En soi, un achat in-app, ce n’est rien de grave, juste la possibilité de faire un achat au sein de l’application sans passer par le Play Store, ce qui est bien pratique par exemple pour s’offrir une version premium de l’application ou simplement faire des achats sur les applis d’e-commerce.

C’est du côté des jeux que ça coince. Dans le modèle Free2Play, il ne s’agit pas tant en effet d’acheter des biens, même numériques, mais bien souvent d’acheter un bonus temporaire pour espérer passer un niveau ou du temps de jeu disponible (obtenir des vies, accélérer la construction d’un bâtiment…). Ces achats in-app là peuvent donc être achetés à l’infini, avec un coût total pouvant atteindre des dizaines et centaines d’euros…pour un jeu qui se revendique comme gratuit.

Rien que pour débloquer Superman, le favori des plus petits, il faut payer environ 10€ (ou jouer plusieurs dizaines d'heures)

Bien sûr, il s’agit d’un modèle économique comme un autre, mais qui agit de manière sciemment trompeuse, et si on peut reprocher aux parents de ne pas surveiller les activités de leurs enfants, on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils soient capables de discerner toutes les ruses des développeurs visant à frustrer le joueur d’un simple coup d’oeil à l’appli.

Les parents malins penseront que quitte à faire jouer leur bambin, mieux vaut investir dans des jeux payants afin d’éviter l’écueil des achats-in-app et leur offrir une expérience de jeu complète et non frustrante. Mais ce serait sous-estimer l’avidité de certains développeurs qui n’hésite plus à insérer des achats in-app dans des jeux payants. C’est précisément le cas pour le Marvel Run Jump Smash concerné ici.

Les parents encore plus malins auront la bonne idée de couper la connexion internet de l’appareil avant de le confier à leur enfant. Mais là encore, certains jeux, même solos, nécessitent une connexion pour se lancer. Mince, c’est aussi le cas de Marvel Run Jump Smash.

Évidement, il n’y a rien illégal à cela, mais dans un monde parfait, on pourrait imaginer qu’annoncer « Gratuit » sur le Play Store sans mentionner les achats in-app soit considéré comme de la publicité mensongère, et le fait de rendre un jeu injouable par sa difficulté sans achats complémentaires comme une forme d’escroquerie.

Verdict

Nous voilà bien embêtés, il semblerait que tout le monde soit un peu responsable. Peut-être même que les journalistes le sont aussi en faisant la promotion de tels jeux sans évoquer leur système économique pernicieux (nous ça va, on avait largement prévenu). Du coup, on ne sait plus très bien à qui envoyer notre facture de 3,72€ d’achats in-app qui ont servi à la rédaction de cet article, ni trop quoi faire de cette grosse pile de cristaux…


Auteur
Pierre Corbinais

Mon téléphone : Le Xperia PLAY, pour des raisons assez évidentes.

Ma tablette Android : La Samsung GT-P1000 pour des raisons sentimentales

Mon jeu préféré : Aujourd'hui ? AstroShark. Hier ? Blind Man's Dungeon. Avant-hier ? BraveSmart. Bref...j'ai des petits problèmes d'attention et je n'ai jamais fini un seul jeu Android.

Mon appli préférée : Désinstaller en masse, pour les raisons évoquées plus haut

Votre robot préféré : Canti San, le robot de FLCL, parce que

Mon objet fétiche : Un casque audio Atari qui ne marche plus du côté droit.

Une citation : « La cuvette est pleine de bouillon » Le Poulpe.

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