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Facebook : un trafic de données qui pourrait coûter cher

Par Benoît Bailleul

À moins de vivre dans une cave, vous n’avez pas pu passer à côté du scandale qui a coûté 94 milliards de capitalisation boursière à Facebook en quelques jours. Le réseau social est accusé d’avoir cédé les données personnelles de 50 millions d’utilisateurs à Cambridge Analytica, une société de communication stratégique ou un «faiseur d’élections» comme nous les appelons…

Si vous n’avez pas d’œillères, vous savez forcement que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) utilisent vos données ou métadonnées pour faire de l’argent. Vous connaissez l’adage : si c’est gratuit…c’est vous le produit. Bref. Vous pouvez donc vous dire «mais ils le savaient bien !» ou «ils n’avaient qu’à lire les conditions d’utilisation», etc. Sauf qu’ici le problème c’est que même en lisant les CGU, il n’est pas évident de comprendre le «deal» proposé par Facebook. Sur l’appli mobile, lorsque vous donnez l’autorisation à la société d’avoir accès à la liste de vos contacts, vous êtes loin d’imaginer que Facebook va enregistrer la date et la durée des appels entrant et sortant. 50 millions de personnes ne peuvent pas toutes se faire piéger sans raison. Il faut se rendre à l’évidence, les avertissements ne sont pas assez clairs et c’est ce qui fait trembler les investisseurs et Mark Zuckerberg. Ce dernier, qui ne donne jamais plus d’une interview par an, a multiplié les interventions la semaine où a été dévoilée la collecte par Christopher Wylie. Présenté comme un ancien employé c’est en fait un des cofondateurs de Cambridge Analytica. Dans un récent entretien, il explique que «le fardeau de la responsabilité ne doit pas retomber sur l’utilisateur moyen». Elle doit «peser sur les grosses compagnies qui font de l’argent avec ces plates-formes». Le message est limpide : vous avez beau dire que c’était dans les conditions, si 50 millions de gens se font piéger c’est que ce n’est pas clair ! Il ajoute qu’il n’est pas normal qu’on ne donne que 2 choix à l’utilisateur : acceptez les conditions ou se passer d’un site. En effet, le monde moderne impose ce genre de plate-forme : Linkedin pour le travail, Google pour la recherche, etc. Il existe des alternatives respectueuses de la vie privée, mais il faut les connaître ou avoir conscience qu’elles existent. Pas facile pour l’internaute moyen…

Des compagnies «Faiseurs de rois»

Mais à quoi servent ces données ? À cibler les gens et à faire en sorte de gagner des élections par exemple. Christopher explique que certaines données exploitées par Cambridge Analytica a permis de faire gagner le camp du Brexit en dépensant près d’un million de livres pour cibler les électeurs «sensibles» à une sortie de l’Europe. Dans un scrutin qui s’est joué à 2 % de voies près, ces données ont été cruciales d’après le lanceur d’alerte. Mais pourquoi Facebook craint-il ces révélations ? En premier lieu, le contrat de confiance a été brisé entre les utilisateurs et la compagnie. Même si vous vous doutiez que Facebook récupérait des infos, voir les journaux de vos activités a l’effet d’une douche froide (si si : essayez !). Mais ce qui inquiète aussi Mark Zuckerberg c’est l’enquête de la Federal Trade Commission, le régulateur de commerce américain. Un accord entre la FTC et Facebook prévoyait que la société informe chaque utilisateur et obtienne son consentement explicite avant de partager ses données personnelles. Il faudra bien sûr que la FTC montre qu’il y a eu manquement pour espérer une condamnation, mais si elle est prononcée on parle d’une amende de plusieurs milliards de dollars. Bien sûr, Zuckeberg a pris les devants et s’est déjà excusé dans plusieurs journaux. Il a aussi annoncé des changements dans la gestion de la vie privée histoire de calmer le jeu : réunir dans un seul et même tableau de bord les paramètres de confidentialité, la possibilité de supprimer facilement des éléments de son profil ou de son historique, etc. Des changements prévus depuis longtemps selon Facebook (bah voyons !) et de toute façon obligatoire au regard du droit européen. Mais attention, ces mesures ne changeront pas le mode de fonctionnement du réseau social : faire de l’argent avec vos données.

En allant sur www.facebook.com/settings il est possible de télécharger vos données personnelles sous la forme d’un ZIP depuis le lien Télécharger une copie de vos données Facebook. Il faut ouvrir le dossier html puis index.htm dans un navigateur et regarder dans l’onglet Contact Info. Dylan McKay a publié sur son compte Twitter ce qu’il a trouvé : la liste complète de ses contacts(même ceux effacés), la liste de ses appels avec le nom du correspondant et les métadonnées de ses textos. Ces informations sont recoupées et analysées par des sociétés comme Cambridge Analytica pour vous vendre tout un tas de choses et même… un Macron ou une Le Pen !

Messieurs les Belges, tirez les premiers !

Plus tôt en février, avant même que Christopher Wylie ne donne l’alerte sur la collecte de données, c’est la justice belge avec la complicité de la Commission de la Protection de la Vie Privée qui a entamé les hostilités. Facebook doit cesser de pister les internautes en Belgique sans leur consentement et effacer toutes les données «obtenues illégalement». La société se voit reprocher son utilisation intensive des cookies ainsi que les collectes de données des boutons J’aime ou Partager qui peuvent se retrouver sur d’autres sites que sur Facebook. La société va faire appel, mais si la peine est confirmée, le réseau social devra payer une astreinte de 250 000 € par jour.


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Auteur : Benoît Bailleul